Anarchisme et musique font-ils bon ménage ?
7 octobre 2008
La musique est à l’instrument ce que la pensée est au langage. Les langages-instruments permettent aux pensées-musiques d’exister. Ils les conditionnent, les structurent, tout en les mettant en forme. Alex Ferris fait partie de cette lignée ininterrompue – depuis la nuit des temps – de luthiers-facteurs-bricoleurs d’instruments qui commencent par les inventer pour, ensuite, découvrir les musiques qui peuvent en surgir. C’est ainsi que sont apparus tous les instruments de musique, des plus éphémères aux plus pérennes.
Au 20ème siècle, les critères de l’audible ont été repoussés bien au-delà de ce qu’on pouvait admettre un siècle plus tôt. Le champ de recherche de la « lutherie imaginaire » est ainsi devenu presque infini, entre possibilités et limitations techniques. De même que la poésie s’est libérée du carcan des rimes et des pieds, il n’y avait plus, dès lors, de restriction à inventer des machines à musique aux formes les plus improbables.
Quant à la beauté, c’est une autre question. Mais quand on admet – et on l’admet sans difficulté – qu’elle a généralement une prédilection à aller se nicher dans des recoins jusque-là insoupçonnés, les murs de l’esthétique, comme ceux de la pensée, n’ont pas fini de reculer.
« Anarchestra ». Tel est le nom générique qu’Alex Ferris donne à l’ensemble de ses œuvres. Anarchestra comme anarchisme et orchestre. Il lui importe, en effet, de laisser dans son travail de musicien-chercheur, souffler ce vent de liberté qui laisse les espaces les plus vastes possibles à l’incertitude, à l’incomplétude, à l’aléatoire, gages de l’intégrité de sa démarche.
« L’illusion de la certitude est l’essence même du fascisme », dit-il dans une de ses notices de présentation. Il est intéressant de relever néanmoins que sa musique répond au plus près au principe fondamental de la répétition ; principe qui a engendré la quasi totalité des formes musicales. On pourrait schématiser ainsi la répétition comme fondement de la musique : pour faire un pas dans l’inconnu, il faut en avoir fait deux dans le connu. Ferris est-il tout à fait au clair sur le paradoxe de sa position de musicien anarchiste ? Il est suffisamment excellent pour avoir intégré cette règle fondamentale de l’esthétique, comme une évidence en deçà ou au-delà de tout dogme esthétique ou idéologie politique.
Paul Kristof
CD d’Alex Ferris aux BM
Entry Filed under: Coups de coeur, Divers. Mots-clefs: Anarchestra, anarchie, lutherie imaginaire.
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1. Blip blip « Blog and Play | 13 mai 2009 at 4:54
[...] des tous premiers articles de ce blog avait été consacré à la lutherie imaginaire d’Alex Ferris. Cela m’a donné envie de vous parler d’autres inventeurs d’instruments et [...]