Archive for juillet, 2010
De la relativité du jugement
Or donc, ce matin-là, j’étais au volant de ma voiture avec la radio allumée. Détail important car je me branche quasi exclusivement sur les chaînes qui diffusent de la musique classique. Le parcours est ainsi moins monotone. Or donc, ce matin-là, j’ai été éblouie par un morceau dont, par chance, j’ai compris le nom des interprètes. Car je ne sais pas comment c’est pour vous, mais la compréhension des annonces de fin relève souvent de la haute voltige. Entre les présentateurs qui parlent à toute bise et ceux qui mangent leurs mots, on n’est pas sortis de l’auberge. La modernité vient maintenant à notre secours : les programmes sont accessibles depuis les sites internet des radios. Ne reste plus qu’à se souvenir de l’heure de passage à l’antenne et, surtout, de la chaîne.
Mais je m’égare encore…. Je disais donc que suis restée scotchée sur mon siège – ce qui relève tout de même de la plus élémentaire prudence pour arriver à bon port - par une musique que j’ai trouvée splendide. Le concerto italien de Bach (Jean-Sébastien) dans une version pour flûte et orchestre.
Sitôt arrivée au travail, je l’ai mis dans la liste de mes prochaines acquisitions pour en faire profiter tout le monde. J’ai eu de la peine à trouver la référence du disque car celui-ci n’était pas encore paru. Du danger d’écouter les émissions qui présentent les nouveautés discographiques : les services de presse des radios sont servis avant tout le monde.
J’ai fini par trouver ce que je cherchais, ai commandé le disque et, à sa réception quelque temps plus tard, j’ai enfin pu l’écouter tranquillement.
Eh bien… je n’ai pas aimé!
Incroyable, et pourtant c’est bien le même disque. A quoi est-ce que ça tient? La sono est excellente dans ma voiture mais tout de même, ça ne peut pas être que ça. Après plusieurs écoutes, j’en arrive toujours au même point. Bof. Qu’à cela ne tienne, cela plaira sans doute à d’autres. Du coup, j’expérimente un des points forts du service de discothèque municipale : écouter avant d’acheter ![]()
A l’occasion, je re-testerai l’écoute automobile…
Marie-Noëlle
BACH, Johann Sebastian. Le meilleur du répertoire – original et transcriptions – pour flûte et orchestre de Jean-Sébastien Bach / Magali Mosnier, fl ; Orchestre de chambre de Stuttgart, Michael Hofstetter, dir. (Sony, 2009) Disponibilité
Le syndrôme Othello
Entre la pureté toute classique de la belle Desdémona et les pulsions vengeresses de l’ombrageux Othello, il y a Iago le traître qui répand le fiel de la suspicion. Ah que l’archétype du perfide Iago convient bien à Uri Caine, lui qui n’a de cesse de semer la pagaille parmi les plus belles pages de la musique, semer à toute volée ses gerbes de lambeaux musicaux. Avant que tout le monde ne meure, avant que le rideau ne retombe, quels beaux moments de musique on aura eu avec les détournements de Uri Caine et ce qui reste de la musique de Verdi ! Finalement, personne ne me contredira si je dis que la musique peut être totalement immorale, elle qui sait se nourrir aussi bien des passions les plus viles que des aspirations les plus hautes.
Paul Kristof
CAINE, Uri. – The Othello syndrome (Winter & Winter, 2008) Disponibilité
27 juillet 2010 at 10:48 Paul Kristof Laisser un commentaire
Nouveautés DVD musicaux
Il paraît qu’en cas de canicule, il faut rester à l’intérieur, stores baissés, en faisant des courants d’air… N’est-ce pas le décor idéal pour visionner quelques DVD en passant ?
Voilà une petite sélection estivale, quelques DVD musicaux acquis récemment dans le réseau des BM, pour vous aider à avoir moins chaud.
… dont l’excellent DVD de Jack Johnson en concert, à ne pas manquer.
JOHNSON, Jack. Jack Johnson en concert (Brushfire, 2009) Disponibilité
Katia
Trentemøller – The Last Resort
Il y a quelques temps, j’ai été intrigué par la présence d’une personne d’un certain âge fouillant dans nos bacs de hip-hop et de musique électro, visiblement très décontenancée. Professionnalisme oblige, je suis venu à son secours pour lui demander si elle cherchait quelque chose de précis, prêt à lui répondre que les anthologies de la chanson française 1920-1930 c’était en face. Ouhlaaa les vilains préjugés…
Elle m’a alors répondu qu’elle ne connaissait rien à la musique des jeunes et qu’elle avait pris la décision de la découvrir en piochant au hasard dans nos collections. Waow ! Quelle belle ouverture d’esprit et quelle belle aubaine pour moi ! Voilà le client parfait qui me tend une perche d’enfer et à qui je vais pouvoir proposer une petite sélection perso bien tassée. Je lui concocte donc un panier de la ménagère façon hip-hop / électro / dub avec la crème de nos collections et les cerises en plus.
Dans le lot, je n’ai pu m’empêcher d’y glisser un petit Trentemøller de derrière les fagots, l’hypnotique et bien nommé The Last Resort. Evidemment, il a fallu me justifier et lui expliquer que Trentemøller ce n’était pas le nom d’un fromage finlandais au lait de renne (Rangifer tarandus) mais le patronyme de l’un des DJ les plus emblématiques de la scène minimal house du moment : Anders Trentemøller.
Quelques temps plus tard, l’heureux bénéficiaire de mes conseils musicaux revient nous retourner les documents empruntés. Sur ce coup-là, je n’aurai pas réussi à convertir un nouveau disciple aux délices de la deep electro. Non, depuis il s’en est retourné aux bacs de musique classique et il m’évite soigneusement. Me serais-je planté quelque part ? Bon d’accord, j’ai fait fort mais Trentemøller c’est pas du Pan Sonic ni du Monolake quand même…
Comment a-t-il pu passer à côté de la beauté brute de ce son minéral ? Pourquoi n’a-t-il pas été séduit par ce mélange de granite, de roches éruptives, de glace et de lave en fusion ?
The Last Resort, ce sont les quatre éléments mélangés dans un shaker, un retour dans les profondeurs du temps géologique, un voyage dans une autre dimension. De l’aérien Take me into your skin à l’enivrant Nightwalker, de l’erratique Snowflake au profond Chameleon, du féérique Miss You au magique Moan, tout nous transporte, nous illumine, nous fige.
Au regard de la perfection, l’expression « Voir Naples et mourir » fait allusion à l’accomplissement d’un désir dont la réalisation semble tellement suffisante qu’au-delà la vie perd tout son sens. Cela mériterait un update du style «Ecouter Trentemøller et vivre» je pense…
Christian
TRENTEMOLLER. The last resort (Poker Flat, 2007) Disponibilité
Trentemøller dans les collections des BM.
Le site Internet de Trentemøller.
Morricone, ou le pouvoir de la musique
Dans ce film confidentiel de 1972, Morricone révèle en musique les affres d’un cerveau apparemment dérangé.
Apparemment car, ne l’ayant pas vu, il nous est impossible de dire si cet adolescent enfermé dans un hôpital psychiatrique est bien le meurtrier de son père ou non. Peu importe. La musique, elle, se développe, en thèmes tendres au simplisme étudié, en polytonalités pénétrantes comme les vrilles d’une chignole, en mélanges de genres, d’instruments et de saveurs comme seul – et avant tout le monde – savait le faire le grand Ennio Morricone.
Finalement, même la citation de la « lettre à Elise » ne nous révèle pas la vérité, et c’est tant mieux : la musique garde ainsi le pouvoir extraordinaire de tout dévoiler au cœur sans rien dire au cerveau. Dès lors, le Diable peut bien y habiter, il n’empêchera pas la musique d’être belle et de nous toucher au coeur.
Paul Kristof
MORRICONE, Ennio. Il diavolo nel cervello (Dagored, 2001) Disponibilité
Le notebook sous Mozart
Le titre volontairement provocateur n’a d’autre but que de tenter d’allécher le chaland. Quoi? Comment? Un ordinateur à l’époque de Mozart? Et bien non, rassurez-vous ! Mozart ne fut pas un précurseur en informatique. Il fut juste un génie de la musique. Ce qui est déjà pas mal.
Or donc, ce billet a pour objet de vous présenter un enregistrement intéressant à double titre.
Premièrement, il présente le Carnet de notes de Nannerl – Nannerl’s notebook en anglais. Il s’agit d’une compilation de pièces que Léopold Mozart avait rassemblées pour sa fille Maria Anna (Nannerl). Ce recueil est en quelque sorte le pendant du Clavierbüchlein que Jean Sébastien Bach écrivit pour son fils Wilhelm Friedemann.
Ensuite, nous avons des illustrations sonores de deux instruments peu souvent enregistrés, le clavicorde :

…et le piano carré, dont je n’ai malheureusement pas trouvé d’image libre de droit. Il s’agit en fait d’un piano de table. Son nom allemand est à ce sujet bien plus explicite (Tafelpiano).
Au sujet du premier, Mozart disait « Cet instrument n’a pas son égal : les aiguës sonnent comme un violon joué doucement et les basses comme des trombones », ce que l’interprète traduit en expliquant que pour Mozart, l’idéal n’était pas un son homogène sur toute l’étendue du clavier (comme sur un piano moderne) mais au contraire un son contrastant entre les basses et les aiguës.
Marie-Noëlle avec l’aide de la notice du CD.
MOZART, Wolfgang Amadeus. The Nannerl’s notebook / Bernard Brauchli, clavicorde (Stradivarius, 2003) Disponibilité
Un peu de nature
En
balade j’aime bien identifier un chant d’oiseaux, un aboiement de chevreuil ou de lynx ou le bourdonnement d’un insecte (utile aussi parfois). Vous aussi? Pour cela quelques documents sonores incontournables sont disponibles aux discothèques.
Quelques perles : tout d’abord le Chant des oiseaux d’André Bossus qui permet non seulement l’identification des oiseaux, mais nous apprend également à mieux les connaître sur le plan de l’éthologie. Ensuite, Entomophonia, un petit bijou accessible tant aux entomologistes qu’aux non spécialistes, un parcours entre science et poésie. Enfin, Chants de glace : oui je sais, ce n’est pas le moment, mais ce disque dégage une telle poésie que je ne peux l’escamoter.
A part cela, le reste de la collection permet également de voyager sans grand désagrément pour la biosphère (quoique) d’un bout à l’autre de la planète.
Catherine
BOSSUS, André. Le chant des oiseaux (Delachaux et Niestlé, 2006) Disponibilité
ANDRIEU, André-Jacques. Entomophonia (INRA, 1994) Disponibilité
JOLIVET, Boris. Chants de glace (BJBS, 2007) Disponibilité

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