Archive for mai, 2011

Kings of Convenience ou les Rois de la convenance…

Disons-le d’emblée, tout semble convenu à l’écoute des Kings of Convenience. Ils n’ont d’ailleurs pas choisi ce patronyme par hasard, faisant preuve par là d’une excellente capacité de discernement quant à leur production musicale et sans doute aussi d’un peu de dérision. Bref, c’est de la musique très consensuelle qui plaît en principe à la majorité, pour ne pas dire à tout le monde. Du easy-listening quoi…

Le concept est assez simple. Prenez deux norvégiens au look savamment travaillé d’éternels étudiants, un peu de guitare et de piano, un répertoire de sympathiques mélodies empreintes de sensibilité, de joies simples et de petits bonheurs du quotidien, mélangez le tout et le tour est joué. Facile non ?

Les blasés, les jaloux et les médisants diront que ça pue le réchauffé et que Simon & Garfunkel avaient déjà fait la même chose il y a quarante ans. Et alors ? Si on a aimé Simon & Garfunkel, on n’en sera que plus heureux et c’est ça qui compte.

Ce qu’il y a de plaisant quand on écoute les Kings of Convenience, c’est que l’on a l’impression qu’ils ne jouent que pour vous. Un peu comme si vos voisins de palier ou vos meilleurs amis débarquaient à l’improviste dans votre salon pour boire un verre et que tout à coup, ils vous offraient un concert privé en tout intimité. Pour vous en faire la meilleure idée, lancez-vous dans l’écoute de leur second album Riot On An Empty Street.

Tout soudain, un petit air de printemps flotte dans l’atmosphère et vous vous sentez bien. La vie est belle non ?

Christian

Kings of Convenience. Riot On An Empty Street (Mawlaw Source, 2004). Disponibilité.

Kings of Convenience dans les collections des BM.

Le site Internet des Kings of Convenience.

30 mai 2011 at 7:59 Laisser un commentaire

La 5ème symphonie de Beethoven

« Pom Pom Pom POM »

- Qu’est-ce que c’est ?

- C’est le Destin qui frappe à la porte.

A contraire du Triple concerto, les renseignements abondent sur la 5ème Symphonie. Nous choisirons donc d’évoquer un seul aspect de l’œuvre : le rapport de Beethoven au Destin.

Oui, la 5ème Symphonie a un lien étroit avec le Destin.

Non, l’appellation Symphonie du Destin n’est pas un « coup marketing » d’un éditeur de musique.

Et oui, la thématique du Destin traverse de part en part toute l’œuvre de Beethoven et en particulier la 5ème Symphonie, mais également toute sa vie.

Dès lors, il faut se demander quelle est la signification chez le compositeur, de la notion de Destin. Est-ce cette force inéluctable qui ourdit des complots et réduit le libre-arbitre à néant ? Est-ce cette force qui écrit à l’avance les pages individuelles et collectives des hommes et qu’il serait vain de tenter de combattre ?

Brigitte et Jean Massin donnent une définition limpide du destin beethovénien :

Beethoven appelle Destin un ensemble distinct des lois de la nature, l’ensemble des facteurs qui concourent à entraver l’exercice de la libre activité d’un homme, et donc à lui interdire de vivre une vie vraiment humaine. (Ludwig van Beethoven, Fayard, p. 780)

Alors oui, la personnalité toute entière de Beethoven apparaît comme un combat acharné, prométhéen, pour vaincre un destin forcément contraire. Qu’il sera le dernier Titan, au début du 19ème siècle, à prôner l’action à tout prix et à user ses forces dans le combat, avant l’engluement des Romantiques dans la mélancolie, le spleen et autres brumes crépusculaires.

Et non, le Destin beethovénien n’est pas insurmontable : preuve en est donnée de façon éclatante dans le dernier mouvement de cette 5ème Symphonie ; mais que le combat aura été rude, entre tempête initiale et triomphe final !

Une chose est sûre : devant le déferlement d’énergie qui jaillit de ces pages, personne ne sort tout à fait indemne et ce, depuis la création de l’œuvre il y a 200 ans. Les réactions sont parfois horrifiées :

Il ne faut pas faire de la musique comme celle-là (Lesueur, professeur de musique de Berlioz)

(et Berlioz de répondre : Soyez tranquille, Cher Maître, on n’en fera pas beaucoup.)

… souvent enthousiastes et même, exaltées :

C’est très grand, c’est absolument fou ! On aurait peur que la maison s’écroule. (Goethe)

… mais toujours fortement impressionnées.

De fait, c’est avec une émotion toute particulière que les musiciens de l’OSG interprètent une des œuvres les plus emblématiques de l’histoire de la musique.

Paul Kristof

La 5ème symphonie aux BM

27 mai 2011 at 7:59 Laisser un commentaire

Le Triple concerto de Beethoven

Trois choses étonnent d’emblée s’agissant du Triple concerto de Beethoven : l’absence de renseignements sur les conditions de sa composition, le choix de la formation instrumentale si particulière et enfin, l’importance de la partie du violoncelle.

Composé en 1804, le Triple concerto voit le jour dans l’ombre de quelques chefs-d’œuvre aussi imposants que la 3ème Symphonie « Héroïque », les Sonates «Waldstein» et «Apassionata» et surtout, le Fidélio avec ses 3 versions de l’Ouverture Léonore qui ont complètement éclipsé à l’époque le Triple Concerto.

La forme instrumentale de cette œuvre, héritière tardive des concerti grossi italiens, est unique. Hormis la Sinfonia concertante de Mozart (avec violon et alto), le Double concerto de Brahms (avec violon et violoncelle), celui avec quatuor à cordes de Ludwig Spohr, et celui avec quatre cors de Schumann, on connaît peu de concertos à plusieurs solistes après la période baroque qui était, elle, coutumière des concerti a molti stromenti. Il paraît en effet contradictoire que dans la confrontation entre soliste et orchestre – sujet ontologique du concerto – le rôle du héros solitaire face à une armée représentée par l’orchestre puisse être partagé entre plusieurs héros pas si solitaires que cela ! On notera donc une parenté dynamique entre tous ces concertos à plusieurs solistes : celle qui voit se construire un dialogue, une solidarité, un enchevêtrement fusionnel des voix, plutôt qu’une confrontation entre elles. La confrontation restant dévolue au rapport entre le(s) soliste(s) et l’orchestre.

Enfin, en l’absence de documentation historique, il ne nous reste qu’à nous reporter au texte de la partition lui-même. A l’écoute du Triple concerto, on s’étonnera de la place apparemment  privilégiée du violoncelle qui a l’air de se tailler la part du lion. En effet, les parties de violon et de piano semblent « tomber sous les doigts » des musiciens avec naturel. Par contre, la partie de violoncelle brille avec un éclat particulier, tant par l’expressivité des phrases mélodiques que par la virtuosité exigée du musicien. Plusieurs fois dans l’œuvre le thème est introduit par le violoncelle solo, mais aussi parfois par les pupitres des basses de l’orchestre. Il est donc permis de supposer que le compositeur n’en finit pas avec ce concerto de se délecter des possibilités expressives et techniques du violoncelle, ce qui ne peut que réjouir le violoncelliste signataire de ces lignes.

Le triple concerto sera donné au Victoria-Hall très prochainement avec de jeunes et brillants solistes que nous connaissons bien à Genève.

Paul Kristof

Le Triple concerto aux BM

24 mai 2011 at 7:59 1 commentaire

Lykke Li – Youth novels

Lors de mon dernier article sur le groupe Röyksopp, j’avais fait référence très rapidement à la chanteuse Lykke Li, cette jeune (25 ans) femme suédoise. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de faire un article sur elle? Car Lykke Li mérite amplement sa place dans Blog and Play, au vu de l’originalité de ses deux albums Youth novels et le dernier Wounded rhymes. C’est chose faite aujourd’hui.

Lykke Li trace tranquillement son chemin, et certains artistes comme Björk ont déjà remarqué son talent. La presse émet des critiques très positives à son égard, ce qui  lui vaut des louanges de part et d’autre de l’Atlantique. Par ailleurs, son titre Possibility figure sur la bande originale du deuxième volet de la saga Twilight. De très belles mélodies parfois mélancoliques, des sonorités variées, une voix séduisante ou fragile, un personnage attachant avec son chignon bien perché au-dessus de sa tête. Bref, une très bonne électro-pop. De la fraîcheur, de la douceur dans ce monde de brutes.

Petite parenthèse, la jeune femme, qui n’a pas peur de se lancer dans des nouveaux projets, a rejoint le rappeur Kanye West et la chanteuse Santogold sur une chanson exclusive du groupe N.A.S.A.  !

Doris

LYKKE LI. Youth novels (Warner 2008)   Disponibilité

Tout Lykke Li aux BM

Le site Web de Lykke Li

Vidéo de Little bit

20 mai 2011 at 7:59 Laisser un commentaire

Richard Hawley – Coles Corner

Richard Hawley, c’est d’abord une voix. Une voix grave, chaude et qui a du coffre comme celle de Nick Cave, de Kurt Wagner (Lambchop) ou de Brad Roberts (Crash Test Dummies).

C’est aussi un personnage attachant, un peu décalé, qui semble tombé du lit. Il y a sa dégaine : les cheveux à peine coiffés, des lunettes à l’épaisse monture noire et un costume de dandy élégant qui lui confèrent une attitude rock’n’roll un peu désuète. Il y a aussi ce regard de chien battu plein de tristesse, cette nonchalance, cette nostalgie d’un âge d’or révolu qui transpire à grosses gouttes. Richard Hawley cultive à la perfection son image de crooner fatigué, esseulé, un brin rebelle et en quête de rédemption.

Il y a enfin ses chansons. Disons-le d’emblée, la production musicale de Richard Hawley correspond exactement à l’image qu’il reflète. Des balades calmes et sensibles qui parlent d’amour, de détresse, de déceptions, qui font vibrer le cœur des célibataires tristes et arrachent des larmes à la ménagère.

Richard Hawley voue un culte sans limites à Elvis Presley. Il se dégage de sa musique un esprit rock’n’roll teinté de country et de blues qui nous envoie directement quelque part dans le Tennessee. L’imagination prend ensuite le relais pour planter le décor. Un bar pourri, une arrière salle aux fauteuils élimés, deux ou trois cow-boys perdus dans l’alcool, un couple désespéré, et ces accords de guitare qui résonnent à l’infini…

Coles Corner est le quatrième album de Richard Hawley, une petite merveille passée trop inaperçue et qui mérite beaucoup de considération. L’atmosphère nous berce, nous emporte, il se dégage de l’ensemble une certaine profondeur et beaucoup d’émotion.  La pièce maîtresse de l’album, c’est sans aucun doute The Ocean, une ballade langoureuse qui fera chavirer les plus fragiles. Coles Corner, le titre éponyme n’a rien à lui envier, tout comme Born Under A Bad Sign et Tonight.

Finalement, crooner c’est pas si ringard que ça…

Christian

Le site Internet de Richard Hawley.

Richard Hawley. Coles Corner (Mute Records, 2005)   Disponibilité

Richard Hawley dans le catalogue des BM.

16 mai 2011 at 7:59 Laisser un commentaire

Klezmer

Musiques festives des Juifs de l’Europe de l’est et centrale, musiques des shtetl qui accompagnaient les mariages et les fêtes en général. Cette musique a fort heureusement survécu à la Shoa grâce aux musiciens émigrés de par le monde et en particulier des Etats-Unis. Les Discothèques municipales possèdent une collection assez importante des musiques juives qu’elles soient ashkénazes, sépharades profanes ou sacrées.

Par conséquent, j’ai choisi de présenter ici un tout petit florilège de mes enregistrements klezmer préférés (pour en savoir plus consulter le site  http://borzykowski.users.ch).

Tout d’abord le disque des frères Epstein, dont nous avons aussi un DVD, pour un klezmer encore proche  de ses origines : Kings of Freylekh Land. J’ajoute deux musiciens peu connus, Marcel Salomon et Theo van Tol avec deux enregistrements incroyablement chaleureux, inventifs et festifs. Et pour la bonne bouche, Yankele, l’esprit du klezmer. Ils viennent de Paris et se sont déjà produits à Genève, pour le plus grand plaisir des auditeurs.

Catherine

EPSTEIN BROTHERS ORCHESTRA. Kings of Freylekh Land (Wergo, 1995)   Disponibilité

SCHWIETERT, Stéfan.  A tickle in the heart / Epstein Brothers Orchestra (Absolut, 2005) (DVD)  Disponibilité

SALOMON KLEZMORIN. A Dreydl (Syncoop, 1995)   Disponibilité

YANKELE. L’esprit du klezmer (Buda, 2006)   Disponibilité

12 mai 2011 at 10:57 Laisser un commentaire

Musique et cinéma, des amants éternels

Conférence de François Creux, Ömer Sipahi et Xavier Parès

On dit que les plus belles histoires d’amours sont généralement celles qui ont mal commencé. Ce fut le cas notamment de la relation entre musique et cinéma. Au début, la musique jouait les utilitaires dans les spectacles de cinématographe, et il n’est pas rare que le pianiste fût aussi celui qui vendait les billets, plaçait les spectateurs et balayait la salle à la fin des représentations. Souvent la musique était là pour mettre de l’ambiance, « chauffer » la salle, meubler les trous lors des pannes de courant ou les ruptures de bobines, et même à calmer, le cas échéant les mouvements de panique dans la salle.

Puis progressivement, on lui trouva d’autres utilités : imiter le galop du cheval, les bruits de la guerre ou le crachotement du train à vapeur, jusqu’à souligner des passages beaucoup plus abstraits, tels les sentiments humains, les émotions et les climats développés dans le scénario. Au début du 20ème siècle, il existait d’imposants manuels du pianiste de cinéma qui permettaient à celui-ci d’accompagner le film du début à la fin, quelle que soit l’histoire.

A la fin des années 20, l’avènement du cinéma parlant marqua la fin d’une époque, mit beaucoup de monde au chômage, et fit apparaître un nouveau métier : celui des compositeurs de musiques de films. Cette nouvelle page de l’histoire du 7ème Art allait consacrer des couples de compositeurs/réalisateurs mythiques, et donner au monde des quantités de chefs-d’œuvre que nous connaissons encore aujourd’hui : Serge Prokofiev et Serguei Eisenstein, Bernard Herrmann et Alfred Hitchcock, Nino Rota et Federico Fellini, Ennio Morricone et Sergio Leone, John Williams et Steven Spielberg, etc., etc.

Dès lors, toutes les formes d’assemblages entre musique et image ont été essayées, même les plus improbables. Par exemple, tandis que Kurosawa montrait une scène de guerre sanguinolente dans « Ran », la musique de Takemitsu qui sous-tendait la scène était un adagio méditatif. L’effet saisissant de la superposition faisait percevoir immédiatement l’inanité de la guerre qui se déroulait devant nos yeux.

D’autres jeux de polysémie pouvaient consister, par exemple, à montrer et donner à entendre une scène à sujet musical, tout en ponctuant la scène d’une autre musique comme un commentaire émotionnel de la scène. Ces superpositions improbables de musiques étaient aussi tout à fait frappantes.

En poussant encore plus loin le rapport fusionnel entre son et image, on peut s’arrêter encore sur le silence voulu par le réalisateur dans certaines scènes, et même dans des films entiers. Le silence prend alors une dimension qui n’a plus rien à voir avec une absence de musique mais doit bien être perçu comme une musique en soi. La musique du silence magnifie alors aussi, à sa manière, les images qu’elles sous-tendent.

« Le silence est probablement le son le plus intense, le plus lourd et le plus plein de sens qui soit », dit Evelyne Glennie dans l’extraordinaire documentaire qui lui est consacré Touch the sound. Quand on sait que cette artiste est une des plus grandes percussionnistes actuelles tout en étant sourde, ses paroles prennent un sens tout particulier. En terminant la présentation de ce soir par cette pensée sur le silence, nos trois conférenciers François Creux, Ömer Sipahi et Xavier Parès rendent un hommage émouvant à la relation fusionnelle qu’entretiennent la musique et le cinéma.

Tout est vibration. Parfois on la perçoit avec les yeux, parfois avec les oreilles, presque toujours avec le cœur.

Paul Kristof

Vous retrouverez les références des oeuvres citées :
- dans la discographie de la soirée sur la page internet du Salon musical
- dans le catalogue en ligne sur le site des BM.

6 mai 2011 at 12:48 2 commentaires

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