Archive for juin, 2011
M : Les saisons de passage
Captation au vol, entre deux portes, entre scènes et coulisses, entre échauffements de voix, séances de maquillage et relâchements d’après concerts du plus sexy des chanteurs français. Matthieu Chédid est aussi un animal de scène, en plus d’être un guitariste « hendrixien » vraiment doué.
Il entraîne dans son sillage ses frères et sœurs, transformant la famille Chédid en dynastie d’artistes, pour le plus grand plaisir de tous. Nombreux sont ceux, d’ailleurs, qui viennent et viendront encore puiser leurs forces et leur inspiration à cette source d’énergie. Aux dernières nouvelles Johnny Hallyday est de ceux-là.
Le titre de la tournée fait évidemment référence au livre autobiographique d’Andrée Chédid, la grand-mère de Matthieu, qui voulait «garder les yeux ouverts sur les souffrances, le malheur, la cruauté du monde; mais aussi sur la lumière, sur la beauté, sur tout ce qui nous aide à nous dépasser, à mieux vivre, à parier sur l’avenir».
Paul Kristof
M. Les saisons de passage (Barclay, 2010) Disponibilité
Musiques de films : mes derniers coups de cœur
ANTHOLOGIE. Orphée – Ruy Blas – Thomas l’imposteur – Les parents terribles / Georges Auric Georges Auric (1899-1983) a été membre en 1920 du « Groupe des 6 » dont Cocteau et Satie étaient respectivement les maîtres à penser et modèles pour une musique française en réaction contre l’impressionnisme de Debussy et contre toute forme de « wagnérisme ». Mais, on le sait avec le recul, la plus grande réussite des ces compositeurs (Poulenc, Honegger, Milhaud, Duret, Tailleferre et Auric) fut moins d’avoir inventé une esthétique nouvelle, que d’avoir su préserver leur style propre. Auric devint le compositeur attitré de Cocteau, homme de théâtre puis surtout de cinéma. C’est donc pour le 7ème art qu’Auric produisit la majeure partie de son œuvre.
Hommage aussi au chef suisse Adriano qui a reconstitué et dirigé ces belles pages qui font assurément partie du patrimoine de la musique comme du cinéma.
LE GRAND SOMMEIL (The big sleep).
J. Fielding (1978) Remake du chef-d’oeuvre de Howard Hawks (avec les mythiques Bogart et Bacall), paru en 1946. La présente version est celle de Michael Winner, avec les presque aussi mythiques Mitchum et Sarah Miles. La somptueuse musique de Jerry Fielding n’a rien à envier à celle de Max Steiner ; musique qui mélange grand orchestre symphonique, big-band de jazz et instruments électriques. Les années septante sont une époque où ce genre de mélange d’ingrédients sonores pouvait être encore perçu comme une transgression tout à fait jouissive. C’est cette jouissance exubérante qu’on entend dans ces pages.
MARS ATTACKS ! D. Elfman (1996)
« … Jolie planète. On la prend. » Quand la nuée de soucoupes volantes en formation de combat assombrit le ciel, les Terriens ne réagissent pas tous de la même manière. C’est normal. Mais outre les milliers de soucoupes volantes, la prise de la planète Terre par les Martiens aura aussi nécessité un orchestre aux dimensions pharaoniques : 134 cordes (dont 22 contrebasses !) et presque autant de bois, cuivres, percussions et autres instruments additionnels. Berlioz l’a rêvé, Mahler l’a espéré, Danny Elfman, Tim Burton, et surtout les producteurs l’ont fait ! Mais, bien sûr, c’était avant la crise économique.
SATAN MON AMOUR (The Mephisto waltz) (1971) – L’AUTRE (The other) (1972).
J. Goldsmith La femme d’un chroniqueur musical découvre que le corps de son mari est possédé par un pianiste génial et signe un pacte avec Satan ! Une mise en abyme de la célèbre Méphisto Valse de Liszt – et ses fameuse diableries archétypiques telles le thème du Dies Irae et autres Toten-Tanzen – avec les ingrédients dodécaphoniques du siècle. Du Goldsmith au sommet de son art.
SUSPIRIA. Goblin (1976) Attention, musique culte : la bande originale de Suspiria est un incontournable du rock gothique, avec quelques années d’avance sur son temps. La collaboration de Dario Argento et du groupe de rock expérimental Goblin fut d’ailleurs un mariage artistique tout à fait étonnant qui se poursuivit sur plusieurs tournages du réalisateur dans les années 70. La musique des Goblin contribue non seulement à l’esthétique générale des films d’Argento, mais a également rendu célèbre le groupe qui n’a, pour ainsi dire, pas survécu à la collaboration. On dit qu’Argento passait la musique des Goblin à plein volume sur le plateau de tournage pour mettre les acteurs dans l’ambiance.
Paul Kristof
Plus jamais sans Jamait
Yves Jamait, il m’est tombé dans l’oreille un soir d’été 2007 entre cigales et chauves-souris au festival de Barjac et il n’a fallu que quelques paroles pour qu’il trouve le chemin du coeur. Depuis j’ai attrapé la jamaïte aiguë : je l’ai revu à Voix de fête dans des conditions déplorables où quelques personnes, pourtant aux premiers rangs, tentaient de couvrir la voix du chanteur en hurlant leur vie. J’ai eu honte quand “le chanteur bruit de fond” avec sa casquette des années 30 qui glissait sur ses yeux de cocker un peu triste nous a demandé s’il dérangeait…
Peu de temps après, il partageait le plateau avec Allain Leprest, Loïc Lantoine et Francesca Solleville à la Fête de l’Humanité à Paris, ce fut triomphal (et respectueux). Puis je l’ai revu en appartement, à Genève, l’émotion était partout dans le petit salon où serrés les uns contre les autres on rattrapait l’écoute perdue. Si vous croisez le chemin de Yves Jamait, allez le voir et surtout, l’écouter !
Je pensais qu’un tout nouvel album sortirait bientôt et j’attendais ce moment pour vous en parler, mais ne voyant rien venir, je n’y tiens plus et vous invite à entrer dans l’univers de son dernier CD Je passais par hasard.
Yves Jamait c’est un petit frère d’Allain Leprest. Également issu d’un milieu populaire, il chante le quotidien des gens de peu. Sur scène, les bières circulent et même si l’ambiance rappelle celle du bistrot, les mots, eux, ne titubent pas ; ils sont bien choisis, la rime est riche, jamais Jamait ne tombe dans la facilité, jamais Jamait ne tombe tout court. L’accompagnement musical est moins dépouillé que celui de Leprest. Où l’un se contente de sa Nathalie Miravette au piano, l’autre s’entoure d’un véritable orchestre : guitare, batterie, basse, accordéon, parfois trombone, trompette et piano. Malgré cela, la musique reste en arrière-fond comme support de l’univers poétique, elle ne l’écrase pas. Par moment, elle sait se faire plus discrète laissant filtrer l’intimité qui n’est jamais loin, comme dans la chanson En deux mots qui se déroule sur un accompagnement de trompette et de piano. Et on se met à rêver que toutes les chansons d’amour seraient de cette veine-là…
Comment articuler ce que par habitude
Ou par le temps qui passe ou par trop de pudeur
J’ai laissé se confiner dans la désuétude
D’un quotidien dont tu es l’unique douceur
Avant de finir, il faut que je vous parle de la chanson éponyme Je passais par hasard qui traite de la violence conjugale. Rarement un homme a chanté les poings de son pote sur le corps d’une femme et rarement, si ce n’est jamais, un chanteur n’a été aussi loin dans la condamnation de cette violence quotidienne.
Je ne reconnais pas
A travers cette ordure
Celui que j’ai aimé
Qu’aujourd’hui je vomis
Il était pas comme ça
Enfin, j’en suis plus sûr
Il faut l’avoir été
Pour être aussi pourri
Viens
Je n’ai que ma tendresse…
Écouter Jamait, c’est prendre des coups dans le plexus, choper des coups de coeur et devoir se remettre avec quelques coups à boire. “Il faudrait que j’arrête de trousser la fée verte, qui ne me transformera jamais en poète” … Certes Yves Jamait n’est peut-être pas Verlaine, mais il est poète, c’est sûr.
J’ajoute que j’ai lu dans une interview qu’il partage toujours son cachet équitablement avec ses musiciens. Il ne se dit pas vedette mais musicien parmi les autres. Ceci ne vous le rend pas sympathique ce garçon ? Vous dire encore que l’artiste n’a jamais eu envie de “monter à Paris” et qu’il est fier de sa région. Sa chanson Dijon qui était dans son CD Coquelicot rend un magnifique hommage à sa ville (en version concert dans la vidéo ci-dessous).
C’est pour tout cela que j’aime Jamait à tout jamais !
Roane
JAMAIT, Yves. Je passais par hasard (Wagram, 2008) Disponibilité
Musiques pour se sentir seul

Conférence de Bertrand Soulié
Ca y est, le voile a été levé. Nous avons vu les musiques et entendu les images qui se cachaient derrière le mystérieux titre de cette soirée.
Depuis toujours, l’intérêt de Bertrand Soulié se porte sur les musiques d’aujourd’hui, celles qui ont intégré les grincements, les gémissements, les cris, les claquements, les feulements et les grondements. Le grincement de la pompe est aussi indispensable que la Musique des Sphères (Thoreau).
Bertrand Soulié aime les musiques qui nous libèrent de la tyrannie de la mélodie. Celle qui se vrille au creux de notre oreille, que nous chantonnons sous la douche et qui nous empêche d’entendre les gouttes d’eau ruisseler sur la peau. Le seul problème avec les sons, c’est la musique (John Cage).
Bertrand Soulié rêve d’une épitaphe pour sa tombe à venir : Ci-gît le compositeur de la Symphonie des gouttes d’eau. Et le fait que cette symphonie n’existera jamais ailleurs que dans son imaginaire, ne devrait gêner personne.
Si vous avez la curiosité de l’entendre, vous n’avez qu’à l’imaginer vous-même !
Le jardin secret dont Bertrand Soulié nous a fait le cadeau d’une visite guidée, est bien empli de sons et de formes, de musiques et de paysages, d’interrogations et de curiosités. Pour notre part, ce que nous y avons découvert, c’est surtout notre propre regard que nous portons sur le monde, la qualité de notre propre écoute. Et c’était, je le crois, exactement l’objectif de Bertrand Soulié avec sa conférence.
S’agissant de la musique, l’important n’est pas tant de savoir ce qu’elle nous apporte, mais plutôt de savoir ce que nous sommes prêts à y apporter nous-même. Quelle écoute ? Quelle disponibilité ? Quelle curiosité ? Quelle soif ? Car l’impact de la musique sur nous ne sera jamais ni plus ni autre que celui que nous voulons bien lui accorder pour cela.
Merci à Bertrand Soulié d’avoir entrouvert le portail de notre propre imaginaire, et surtout d’avoir évité d’en graisser les gonds. Il faut bien que le portail du jardin grince en s’ouvrant, car qui sait si la musique qu’on entendra derrière sera aussi belle que le grincement lui-même, fût-il le jardin de l’Eden ?
Paul Kristof
Vous retrouverez les références des oeuvres citées :
- dans la discographie de la soirée sur la page internet du Salon musical
- dans le catalogue en ligne sur le site des BM.
Prochain Salon musical à la Discothèque de Vieusseux, le mercredi 7 septembre 2011 à 20 h.
Claudio Chiacchiari : Matière et antimatière dans la 5ème de Beethoven
Commentaires Récents