Plus jamais sans Jamait
8 juin 2011 at 11:20 Roane Laisser un commentaire
Yves Jamait, il m’est tombé dans l’oreille un soir d’été 2007 entre cigales et chauves-souris au festival de Barjac et il n’a fallu que quelques paroles pour qu’il trouve le chemin du coeur. Depuis j’ai attrapé la jamaïte aiguë : je l’ai revu à Voix de fête dans des conditions déplorables où quelques personnes, pourtant aux premiers rangs, tentaient de couvrir la voix du chanteur en hurlant leur vie. J’ai eu honte quand “le chanteur bruit de fond” avec sa casquette des années 30 qui glissait sur ses yeux de cocker un peu triste nous a demandé s’il dérangeait…
Peu de temps après, il partageait le plateau avec Allain Leprest, Loïc Lantoine et Francesca Solleville à la Fête de l’Humanité à Paris, ce fut triomphal (et respectueux). Puis je l’ai revu en appartement, à Genève, l’émotion était partout dans le petit salon où serrés les uns contre les autres on rattrapait l’écoute perdue. Si vous croisez le chemin de Yves Jamait, allez le voir et surtout, l’écouter !
Je pensais qu’un tout nouvel album sortirait bientôt et j’attendais ce moment pour vous en parler, mais ne voyant rien venir, je n’y tiens plus et vous invite à entrer dans l’univers de son dernier CD Je passais par hasard.
Yves Jamait c’est un petit frère d’Allain Leprest. Également issu d’un milieu populaire, il chante le quotidien des gens de peu. Sur scène, les bières circulent et même si l’ambiance rappelle celle du bistrot, les mots, eux, ne titubent pas ; ils sont bien choisis, la rime est riche, jamais Jamait ne tombe dans la facilité, jamais Jamait ne tombe tout court. L’accompagnement musical est moins dépouillé que celui de Leprest. Où l’un se contente de sa Nathalie Miravette au piano, l’autre s’entoure d’un véritable orchestre : guitare, batterie, basse, accordéon, parfois trombone, trompette et piano. Malgré cela, la musique reste en arrière-fond comme support de l’univers poétique, elle ne l’écrase pas. Par moment, elle sait se faire plus discrète laissant filtrer l’intimité qui n’est jamais loin, comme dans la chanson En deux mots qui se déroule sur un accompagnement de trompette et de piano. Et on se met à rêver que toutes les chansons d’amour seraient de cette veine-là…
Comment articuler ce que par habitude
Ou par le temps qui passe ou par trop de pudeur
J’ai laissé se confiner dans la désuétude
D’un quotidien dont tu es l’unique douceur
Avant de finir, il faut que je vous parle de la chanson éponyme Je passais par hasard qui traite de la violence conjugale. Rarement un homme a chanté les poings de son pote sur le corps d’une femme et rarement, si ce n’est jamais, un chanteur n’a été aussi loin dans la condamnation de cette violence quotidienne.
Je ne reconnais pas
A travers cette ordure
Celui que j’ai aimé
Qu’aujourd’hui je vomis
Il était pas comme ça
Enfin, j’en suis plus sûr
Il faut l’avoir été
Pour être aussi pourri
Viens
Je n’ai que ma tendresse…
Écouter Jamait, c’est prendre des coups dans le plexus, choper des coups de coeur et devoir se remettre avec quelques coups à boire. “Il faudrait que j’arrête de trousser la fée verte, qui ne me transformera jamais en poète” … Certes Yves Jamait n’est peut-être pas Verlaine, mais il est poète, c’est sûr.
J’ajoute que j’ai lu dans une interview qu’il partage toujours son cachet équitablement avec ses musiciens. Il ne se dit pas vedette mais musicien parmi les autres. Ceci ne vous le rend pas sympathique ce garçon ? Vous dire encore que l’artiste n’a jamais eu envie de “monter à Paris” et qu’il est fier de sa région. Sa chanson Dijon qui était dans son CD Coquelicot rend un magnifique hommage à sa ville (en version concert dans la vidéo ci-dessous).
C’est pour tout cela que j’aime Jamait à tout jamais !
Roane
JAMAIT, Yves. Je passais par hasard (Wagram, 2008) Disponibilité
Entry filed under: Chanson française, Coups de coeur. Tags: Chanson française, Yves Jamait.
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