Archive for décembre, 2011
Une nuit à Versailles
A découvrir pour la toujours très plaisante Vanessa Paradis au jeu de scène fait d’ingénuité, de glamour et de fragilité. A découvrir aussi pour l’emballage musical d’Albin de La Simone qui connaît assurément la chanson, puisqu’on le rencontre aussi bien devant, que derrière et à côté du micro.
Des arrangements subtils et raffinés : quatuor à cordes, percussions discrètes et nombre d’instruments rares. Un écrin de luxe pour la Paradis qui peut prendre ses aises dans le décor très ampoulé de l’Opéra Royal du château de Versailles.
Paul Kristof
PARADIS, Vanessa. Une nuit à Versaille (Barclay, 2010) Disponibilité
PARADIS, Vanessa. Une nuit à Versaille (Barclay, 2010) (version CD+DVD) Disponibilité
21 décembre 2011 at 7:59 Paul Kristof Laisser un commentaire
Dolly… c’est pour toi !
- Bonjour les enfants, asseyez-vous. Aujourd’hui, le thème de notre leçon est Dolly. Est-ce que quelqu’un dans la classe sait qui est Dolly ? Oui, vous au fond Mademoiselle ?
- Euh… je sais M’sieur… C’est la première chèvre qui a tourné autour de la Lune !
- Vous devez sans doute confondre avec Laïka, Mademoiselle. Quelqu’un a-t-il une autre idée ?
- Oui M’sieur, moi M’sieur !
- Je vous écoute jeune homme…
- C’est une chanteuse avec une chapeau de cow-boy et des gros n…
- Euh… non plus ! Ah ! Encore une main qui se lève au fond…
- C’est comme les Dupont M’sieur, vous savez, un animal qu’on a photocopié dans une éprouvette !
- Et bien force est de constater que tout le monde ignore ici qui est Dolly. Sachez que Dolly est peut-être le groupe de rock français le plus influent de la fin du 20e siècle. Ecoutez seulement…
Dolly est né à Nantes. Après des débuts plutôt hésitants, le groupe trouve sa composition définitive vers le milieu des années 90 et s’articule autour de sa jolie et emblématique chanteuse : Emmanuelle Monet dite Manu. Derrière elle, il y a une guitare et une basse branchées sur le 380V ainsi qu’une grosse batterie qui fait beaucoup de bruit.
Les heures de gloire ne sont pas très loin. Le premier album fait une entrée en force et donne de suite le ton. Il répond aux attentes de toute une génération qui en a marre des Ritas, de Noir désir et de Thiéfaine et qui se réjouit que du neuf arrive enfin.
Le son est plutôt brut et puissant et ne va pas sans rappeler le grunge. La voix de Manu, sensuelle et féminine, apporte une touche délicate qui fait bien vibrer les hormones et qui contraste merveilleusement avec la lourde basse de Mickaël Chamberlain. Du jamais vu en France ! Voilà qui jette de nouvelles bases musicales dans un paysage un peu sclérosé et qui peine à sortir de la routine. D’autres s’en inspireront plus tard. On ne craint rien en affirmant que la nouvelle scène française actuelle lui doit beaucoup.
La suite de l’histoire est digne du rock et de sa mythologie. Deux, trois et quatre excellents albums, des tournées, des festivals, et puis ce sale jour de mai 2005 lors duquel le bassiste de Dolly croise la faucheuse sur la route. Une mort de rock star en pleine gloire, en plein élan, une mort qui entraîne également celle du groupe.
Dolly est mort et ne se relèvera pas, c’est la fin d’une époque. Manu revient en 2008 avec un nouvel album, mais le charme est rompu, une page s’est tournée.
Maintenant, passons à la partie pratique. Que faut-il écouter de Dolly ? Et bien la réponse est simple : tout ! Quatre albums, quatre merveilles. Ceux qui veulent se faire défriser privilégieront les deux premiers albums aux sonorités rock bien massives : l’éponyme Dolly et son petit frère Un jour de rêves. Après, le son évolue et se rapproche d’une électro pop plus subtile déjà perceptible dans Plein air et qui atteint son paroxysme dans le quatrième et dernier opus : Tous des stars.
Quelques titres incontournables : Je n’veux pas rester sage, Quand l’herbe nous dévore, Monde sauvage, Partir seule, C’est pour toi, Tatutia, Au paradis, Bulles…
- Vous avez bien retenu la leçon les enfants ? Je compte sur vous pour aller réviser en discothèque. La semaine prochaine, nous traiterons d’un autre monument de la chanson française : Patrick Topaloff …
Christian
17 décembre 2011 at 7:59 Christian L. Laisser un commentaire
Un enregistrement capital
Nous vivons aujourd’hui dans un monde totalement saturé de sons, un monde où sa fabrication ne coûte plus aucun effort. On a donc de la peine à s’imaginer le choc qu’a pu représenter l’avènement de la version reconstituée des Carmina Burana, version 13ème siècle, par René Clemencic en 1972.
Ce n’était pas seulement une musique inouïe, absolument inconnue jusque-là, que nous découvrions. C’était l’incarnation brutale d’un Moyen-âge qui devenait soudain réalité, un Moyen-âge qui n’existait jusque-là qu’en à-plat silencieux dans les traités d’Histoire.
René Clemencic a osé, un beau jour de 1972, projeter à la face du monde une oeuvre musicale païenne faite d’éclats de voix, de silences de cryptes, de résonances de clochettes, de rires de beuveries et de charivari. Projeter la Beauté dans toute sa violence et sa crudité, par-dessus les siècles. Et déjà, la voix unique, reconnaissable à la seconde, de René Zosso, qu’on croyait enjamber les siècles en une apparition presque surnaturelle sur cet enregistrement. René Zosso avait commencé depuis quelques années déjà à préparer le terrain, notamment ici à Genève, d’une incarnation possible de musiques venues de très loin dans le temps, notamment avec sa vielle à roue.
En apprenant que cette version des Carmina Burana pouvait être remontée en un concert-anniversaire 40 ans plus tard à Genève, avec les mêmes musiciens qui l’avait créée à l’époque, j’ai immédiatement mesuré la nécessité et l’urgence de réaliser cet événement exceptionnel, et pas seulement à cause de l’âge des musiciens de l’ensemble. Il faut se rappeler de l’effet de déclencheur que cet enregistrement suscita en 1972 sur toute l’interprétation de la musique occidentale. Il a assurément contribué à l’avènement des « baroqueux », cette révolution majeure de la musique au 20ème siècle.
Paul Kristof
Ecoute s’il pleut
La jeune chanteuse française Melissmell vient de décrocher la « Révélation scène du grand prix Charles Cros », et pour l’avoir vue récemment au Hangar d’Ivry, j’applaudis cette distinction.
Elle arrive coiffée d’un chapeau noir comme pour se protéger de la pluie (le titre de son unique album paru en 2011 est : Ecoute s’il pleut), mais Melissmell craint plus les tuiles qui nous tombent dessus, les crises, les militaires, les traîtres, les flics soldats mercenaires, les moutons et j’en passe. Il pleut beaucoup de peine dans le monde de Mélanie Coulet qui a choisi un pseudonyme qui sent (to smell) la mélisse, cette plante aux vertus apaisantes, dit-on. Mais attention, il y a quand même l’espoir d’un avenir meilleur quand Melissmell appelle à la révolte, à la manifestation, à l’indignation. « Toi là-bas, ne sens-tu pas dans l’air / J’entends monter les voix / Le monde est à refaire ».
Cette trentenaire à la belle voix grave a la poésie en bandoulière servie par des guitares, des percussions, un violoncelle et surtout des musiciens virtuoses qui l’accompagnent tantôt dans la tendresse, l’intimité, pour ensuite monter en puissance dans un rock effréné et déjanté.
Souvent pendant son spectacle j’ai craint pour sa voix tant elle pousse son rauque jusqu’au bout de ses tripes, des nôtres, tout au fond, là où les frissons se nichent et ne demandent qu’à fleurir. Il y a du Mano Solo, en particulier dans sa chanson Je me souviens qui semble répondre au Te souviens-tu de son mentor trop tôt disparu. Mano Solo chantait : « Je me souviens de rien maman / Plus j’avance et moins je me retourne / Et tu sais pour tout ça j’ai pas l’temps / Tout s’efface et la roue tourne » ; Melissmell répond : « Je me souviens maman / Des rêves qu’on avait / Je me souviens des temps / Où nous marchions ensemble ».
Melissmell est bien vivante et elle le revendique quand elle demande au peuple de se bouger avec, par exemple, sa chanson Aux armes (un joli clin d’oeil à Gainsbourg). Elle ose mélanger l’Internationale à la Marseillaise et cette dernière perd la lutte finale car Melissmell, vous l’aurez compris, préfère les drapeaux rouges aux tricolores.
Vingt-quatre heures après avoir passé sur la petite scène d’Ivry, elle rendait hommage au Festival de Marne à Allain Leprest disparu cet été. Malgré sa jeunesse elle n’a pas démérité au milieu d’autres chanteurs plus expérimentés comme Romain Didier, La Rue Ketanou ou même Jehan.
Melissmell fait bien partie de la famille des poètes-chanteurs. Ecoutez avec elle s’il pleut !
Roane
MELISSMELL. Ecoute s’il pleut (Discograph, 2011) Disponibilité

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