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Plaid – Zamami
Aujourd’hui, c’est de “the coup de coeur” dont j’ai envie de vous parler. Vous savez ? Ce genre de perle rare dont on a toujours rêvé. Ce morceau qu’on trouve évident dès la première écoute, comme s’il avait été composé sur mesure pour vous. Le truc qui répond à une attente inconsciente et qui fait vibrer quelque chose de très profondément enfoui en vous, à la limite de l’expérience mystique.
Ce morceau, je l’ai trouvé. C’est un petit truc plutôt confidentiel qui n’a ravi que quelques férus d’électro au début des années 2000 :
Zamami de Plaid

Plaid, c’est une formation d’électro britannique composée d’Andy Turner et d’Ed Handley. La célèbre encyclopédie participative en ligne vous résumera tout ça et bien plus dans ce petit article ici.
Zamami est sorti en 2001 sur le quatrième album du groupe intitulé Double figure. Disons-le franchement, je trouve que c’est le seul morceau potable de la galette, mais quel morceau ! Une petite plage de bonheur qui dure 4:06, juste le temps de sourire et de rêver.
Zamami est un morceau qui se construit et se structure petit à petit. Le rythme est syncopé et se situe quelque part entre le trip-hop et un 45 tour de drum’n'bass qu’on aurait ralenti. Le synthé s’introduit tout en douceur et avec délicatesse. Il va et il vient comme le ressac de la mer et nous transporte dans une sorte de transe rassurante et paisible. Mais c’est en son milieu que Zamami développe ses arômes et prend tout son corps. Comme le vin, il fallait lui laisser le temps de s’oxygéner pour s’allumer. Un carillon magique résonne soudain et nous transporte au-dessus des nuages. L’horizon s’ouvre, les images déferlent et l’on s’envole pour un merveilleux voyage astral.
Zamami est une belle réponse à ceux qui pensent que la musique électronique n’a pas d’âme. Ecoutez-donc, fermez les yeux et laisser vous aller…
Christian
PLAID. Double figure (Warp, 2001) Disponibilité
Le site Internet de Plaid.
Les Océans de David Holmes
Il y a des détails qui peuvent tout gâcher. Un mauvais choix musical et c’est toute l’âme d’un film qu’on flingue. Imaginez un peu qu’on vous balance le mythique Tirelipimpon de Carlos au moment où Harry Callahan sort son Magnum .44
… brrrrr, ça fait froid dans le dos !
Parmi les compositeurs qui excellent dans la bande originale et qui ne gâchent rien, il y a David Holmes. Vous l’avez certainement entendu en vous pâmant d’admiration à la vue du beau Brad et du beau George qui dévalisent un casino avec leur bande de potes. Ils faisaient ça en musique, et la musique, ben c’est justement David qui l’a faite.
David Holmes est né à Belfast. Dj et producteur, il a déjà 5 albums perso à son actif ainsi que la composition d’une bonne trentaine de B.O. Tombé dans la marmite électronique dès son plus jeune âge, on ne s’étonne pas qu’il en instille les influences ça et là dans ses morceaux.
Et comme on dit à Bourrignon dans le Jura : “C’est dans les marmites qu’on fait la meilleure électro.” Bref…
Sa musique se distingue entre autres par des sonorités jazz-funk des années 70-80 à la sauce trip hop voire big beat, mâtinées de piano électrique et de lignes de basse généreuses. Une espèce de musique de supermarché en vachement mieux parce qu’il y a beaucoup de talent et de travail dedans.
Du coup, cela donne souvent un son lounge qui crée une ambiance des plus sympa. Bon soyons francs. Vous ne transformerez pas votre miteux trois pièces en ultime chill-out de la branchitude rien qu’en balançant du David Holmes quand vous invitez des amis. Vous pouvez rêver mais il faudra quand même passer un coup d’aspirateur et ranger les chaussettes qui traînent. Et pis le slip aussi, là… sous le fauteuil. Si, si !
Christian
David Holmes. Bow down to the exit sign (Go!Beat, 2000) Disponibilité
L’excellente série des Ocean’s aux BM.
Le site Internet de David Holmes.
PS : Ah oui, et pour finir en beauté regardez aussi cette vidéo de l’homonyme de David Holmes, un certain… David Holmes. Il est steward dans une compagnie d’aviation américaine et il détend tout le monde avant le décollage (sauf ceux qui n’aiment pas le rap).
Groove Armada – Another Late Night
Etre compilateur est un art qui ne s’improvise pas. J’en veux pour preuve le nombre incalculable de sombres daubes indigestes qu’on trouve en supermarché et qui portent des titres alléchants tels que « Ibiza Summer Hits », « Bouddha Lounge Volume 5 » ou encore «Electro Chill Out ». Quand en plus il y a une bimbo en deux pièces dont les attributs sont au bord de l’explosion sur la pochette, moi je dis méfiance…
En général dans ce genre de produit dont on peine à lire la composition et la provenance, on trouve de l’électro-ambient E220, du trip-hop E410, de la house sans conservateur, parfois même des traces de benzène. Aucun adjuvant ni exhausteur de goût n’arrivera à nous faire avaler le truc, et pourtant ça se vend ! C’est sûr que d’écouter ça dans les embouteillages au volant de sa Fiot Pipo avec des jantes en alu, on a l’impression que ça le fait… mais non.
Non. Etre compilateur demande une certaine dose de talent, une culture musicale supérieure à la moyenne du Q.I. d’une colonie de moules zébrées, et un sens esthétique qui évite par exemple que l’indémodable Tirelipimpon du regretté Carlos côtoie un remix de Trentemoller ou de Thievery Corporation.
Dans son genre, Gilles Peterson a placé la barre suffisamment haut pour que Sergueï Bubka ne puisse pas le détrôner. On se rappelle aussi l’excellente série des Science Fiction Jazz compilée par le DJ zürichois Minus 8, ou encore les Hôtels de la chaîne Costes, propriété du baron Stéphane Pompougnac.
Bref, tout ça pour vous introduire Another Late Night de Groove Armada. Cette compilation mixée par le duo britannique originaire de Cambridge est un bel exercice de dosage, de subtilité et d’équilibre.
Je ne vais pas vous dévoiler tout le morceau, de manière à ce qu’il vous reste quand même quelque chose à croquer. Pour vous mettre l’eau à la bouche, je citerai une hallucinante combinaison qui mélange l’incroyable The Memory de Roy Ayers à Ya Playin’ Yaself de Jeru the Damaja. Un peu plus loin, Raise the Dead de Kimbu Kimra est un délice de house aux boucles hypnotiques. Encore un peu plus loin, Aretha Franklin nous rend le sourire avec son joyeux Day Dreaming.
Tout cela vous interpelle ? Alors courez vite nous rendre visite. Et si par hasard Another Late Night de Groove Armada venait à être indisponible dans nos rayons, nos sympathiques discothécaires vous orienteront vers d’autres merveilles immanquables.
Christian
GROOVE ARMADA. Another late night (Azuli, 2002) Disponibilité
Groove Armada aux BM.
Groove Armada sur le web.
Gilles Peterson aux BM.
Stéphane Pompougnac aux BM.
Le syndrôme Othello
Entre la pureté toute classique de la belle Desdémona et les pulsions vengeresses de l’ombrageux Othello, il y a Iago le traître qui répand le fiel de la suspicion. Ah que l’archétype du perfide Iago convient bien à Uri Caine, lui qui n’a de cesse de semer la pagaille parmi les plus belles pages de la musique, semer à toute volée ses gerbes de lambeaux musicaux. Avant que tout le monde ne meure, avant que le rideau ne retombe, quels beaux moments de musique on aura eu avec les détournements de Uri Caine et ce qui reste de la musique de Verdi ! Finalement, personne ne me contredira si je dis que la musique peut être totalement immorale, elle qui sait se nourrir aussi bien des passions les plus viles que des aspirations les plus hautes.
Paul Kristof
CAINE, Uri. – The Othello syndrome (Winter & Winter, 2008) Disponibilité
27 juillet 2010 at 10:48 Paul Kristof Laisser un commentaire
Chanson discrète
Le virtuose de l’accordéon Teodoro Anzellotti poursuit chez Winter & Winter son travail de transcription d’œuvres classiques et contemporaines. Comme toujours, la transcription révèle des richesses insoupçonnées, un point de vue, des sonorités qui mettent l’oreille aux aguets.
Après avoir abordé Satie, Janacek, Cage et Domenico Scarlatti, il nous offre un florilège d’œuvres des 17ème et 20ème siècles, en un récital thématique. Ici le thème est la discrétion, la confidentialité et l’introspection, mais aussi le rapport intime qu’entretient l’instrumentiste avec son « outil » d’expression. Œuvres du baroque Johann Jakob Froberger et des musiciens d’aujourd’hui Berio, Hosokawa et Sciarrino.
Et, comme à chaque fois, on s’émerveille non seulement des possibilités techniques de l’accordéon, mais surtout de l’extraordinaire palette de ses coloris expressifs.
Paul Kristof
ANZELLOTTI, Teodoro. Chanson discrète (Winter & Winter, 2007) Disponibilité
Un objet sonore renversant
Sorte de messe profane dont l’objectif est de faire éclore une forme de Transcendance issue de l’Harmonie musicale et acoustique. Pour cela, Chanticleer s’emploie à faire reculer les limites de la perfection vocale à des hauteurs rarement égalées. Cet album offre un assemblage de pièces de la Renaissance et de compositeurs d’aujourd’hui en un tout cohérent – les œuvres contemporaines sont toutes des commandes de l’ensemble vocal. Entreprise parfaitement réussie d’ailleurs, car à l’écoute, le saut stylistique des siècles est simplement escamoté derrière la perfection de l’ensemble.
A noter que les nombreux admirateurs des 12 voix d’hommes du chœur de San Francisco n’auront nul besoin de la présente réclame pour posséder en bonne place dans leur discothèque personnelle cet objet sonore renversant.
Paul Kristof
CHANTICLEER. And on Earth, peace (Warner Rhino, 2007) Disponibilité
Pour l’amour de la musique, tout simplement
Réunion de cinq accordéonistes de différents pays qui ont pour point commun d’être non seulement des interprètes virtuoses, mais aussi les compositeurs de leurs œuvres. De cette réunion naîtra une musique encore différente de celle de chacun des musiciens, faite de verve jubilatoire, d’inspiration folk, d’expérimentations sonores, de mélancolie languide, d’envoûtements. Stefan Schwietert accompagne de sa caméra discrète et respectueuse le travail d’apprivoisement des musiciens et de leurs univers artistiques respectifs, puis le quotidien d’une tournée.
Ce film a obtenu le Prix du cinéma suisse 2005, pour le meilleur documentaire. Schwietert a également signé El acordeón del diablo, Heimatklänge et Das Alphorn qui sont à chaque fois, des regards personnels d’une grande sensibilité sur les musiques populaires.
A mon avis, il faut suivre de très près ce réalisateur qui donne à voir et à entendre l’amour de la musique, tout simplement.
Paul Kristof
SCHWIETERT, Stefan. Accordion tribe (Maximage, 2004) Disponibilité

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