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Fahrenheit 451
La musique de Fahrenheit 451 est signée Bernard Herrmann, le compositeur préféré d’Alfred Hitchcock.
Avant l’écoute du disque, on ne peut qu’avoir un mouvement de recul, en constatant que l’album ne compte pas moins de 55 plages, correspondant au découpage des séquences du film. Chaque morceau ne dure qu’une minute, à peu près.
Pourtant, à aucun moment, cette bande originale ne donne l’impression d’une musique morcelée, au contraire : une parfaite unité tend le fil du discours musical du début à la fin de la partition. Unité qui donne immédiatement son autonomie à la musique, en dehors du film pour laquelle elle a été composée. Cette qualité est assurément la marque qui distingue les plus grands compositeurs du genre.
L’enregistrement du présent album a été réalisé en 2007 par l’Orchestre Symphonique de Moscou, en hommage au grand compositeur, dont on fêtait le centenaire de la naissance le 29 juin de cette année.
Paul Kristof
HERRMANN, Bernard. Fahrenheit 451 (Tribute, 2007) Disponibilité
Le rock-macaroni qui fait froid dans le dos et chaud aux oreilles
Goblin est un groupe de rock progressif italien dans la mouvance européenne et électronique, celle qu’on appelait le kraut-rock quand elle venait d’Allemagne. Pour les Goblin, il s’agissait plutôt de rock-macaroni, le spaghetti étant déjà pris pour les westerns du même nom.
Alors que les bandes originales des western-spaghettis étaient le quasi-monopole du grand Ennio Morricone, les Goblin s’étaient spécialisés, eux, dans l’horreur et le suspense en une collaboration privilégiée avec le réalisateur Dario Argento.
La méthode de travail du couple Argento-Goblin était particulière et laissait à la musique une place prépondérante dans l’esthétique générale du film. Elle était enregistrée indépendamment de l’image, ce qui laissait aux musiciens toute liberté de développer la musique sans les tyrannies du minutage imposé. Le film était tourné et monté après, sur la musique. On dit même que D’Argento passait la musique à plein volume sur les plateaux de tournage pour mettre les acteurs en condition.
Paul Kristof
Retrouvez Goblin et ses musiques de films aux BM
Musiques de films : mes derniers coups de cœur
ANTHOLOGIE. Orphée – Ruy Blas – Thomas l’imposteur – Les parents terribles / Georges Auric Georges Auric (1899-1983) a été membre en 1920 du « Groupe des 6 » dont Cocteau et Satie étaient respectivement les maîtres à penser et modèles pour une musique française en réaction contre l’impressionnisme de Debussy et contre toute forme de « wagnérisme ». Mais, on le sait avec le recul, la plus grande réussite des ces compositeurs (Poulenc, Honegger, Milhaud, Duret, Tailleferre et Auric) fut moins d’avoir inventé une esthétique nouvelle, que d’avoir su préserver leur style propre. Auric devint le compositeur attitré de Cocteau, homme de théâtre puis surtout de cinéma. C’est donc pour le 7ème art qu’Auric produisit la majeure partie de son œuvre.
Hommage aussi au chef suisse Adriano qui a reconstitué et dirigé ces belles pages qui font assurément partie du patrimoine de la musique comme du cinéma.
LE GRAND SOMMEIL (The big sleep).
J. Fielding (1978) Remake du chef-d’oeuvre de Howard Hawks (avec les mythiques Bogart et Bacall), paru en 1946. La présente version est celle de Michael Winner, avec les presque aussi mythiques Mitchum et Sarah Miles. La somptueuse musique de Jerry Fielding n’a rien à envier à celle de Max Steiner ; musique qui mélange grand orchestre symphonique, big-band de jazz et instruments électriques. Les années septante sont une époque où ce genre de mélange d’ingrédients sonores pouvait être encore perçu comme une transgression tout à fait jouissive. C’est cette jouissance exubérante qu’on entend dans ces pages.
MARS ATTACKS ! D. Elfman (1996)
« … Jolie planète. On la prend. » Quand la nuée de soucoupes volantes en formation de combat assombrit le ciel, les Terriens ne réagissent pas tous de la même manière. C’est normal. Mais outre les milliers de soucoupes volantes, la prise de la planète Terre par les Martiens aura aussi nécessité un orchestre aux dimensions pharaoniques : 134 cordes (dont 22 contrebasses !) et presque autant de bois, cuivres, percussions et autres instruments additionnels. Berlioz l’a rêvé, Mahler l’a espéré, Danny Elfman, Tim Burton, et surtout les producteurs l’ont fait ! Mais, bien sûr, c’était avant la crise économique.
SATAN MON AMOUR (The Mephisto waltz) (1971) – L’AUTRE (The other) (1972).
J. Goldsmith La femme d’un chroniqueur musical découvre que le corps de son mari est possédé par un pianiste génial et signe un pacte avec Satan ! Une mise en abyme de la célèbre Méphisto Valse de Liszt – et ses fameuse diableries archétypiques telles le thème du Dies Irae et autres Toten-Tanzen – avec les ingrédients dodécaphoniques du siècle. Du Goldsmith au sommet de son art.
SUSPIRIA. Goblin (1976) Attention, musique culte : la bande originale de Suspiria est un incontournable du rock gothique, avec quelques années d’avance sur son temps. La collaboration de Dario Argento et du groupe de rock expérimental Goblin fut d’ailleurs un mariage artistique tout à fait étonnant qui se poursuivit sur plusieurs tournages du réalisateur dans les années 70. La musique des Goblin contribue non seulement à l’esthétique générale des films d’Argento, mais a également rendu célèbre le groupe qui n’a, pour ainsi dire, pas survécu à la collaboration. On dit qu’Argento passait la musique des Goblin à plein volume sur le plateau de tournage pour mettre les acteurs dans l’ambiance.
Paul Kristof
Tomber sur “Le Sacre du printemps” par hasard?
Chaque fois que vous trouverez le Sacre du printemps de Stravinsky sur un CD de musique de film, quelle que soit la raison de sa présence dans l’album, n’hésitez pas ! C’est une œuvre aussi nécessaire à l’humanité que le Guernica de Picasso, par exemple.
On ne dira jamais assez à quel point cette musique complètement tellurique a contribué à précipiter le 20ème siècle dans la modernité. Des personnalités tels Debussy, Ravel et Cocteau, qui étaient présents à la répétition générale le 28 mai 1913, ont pressenti l’ampleur de l’événement qui allait s’abattre sur Paris dès le lendemain. Mais même ceux-ci ne pouvaient prévoir l’énormité du scandale qui allait éclater à la création de l’œuvre auprès d’un public qui reçut cette oeuvre comme une dangereuse déflagration.
Et que dire des musiciens de l’orchestre qui découvraient une écriture musicale qui devait leur faire le même effet que si vous aviez à déchiffrer de l’écriture cunéiforme sur tablettes d’argile ! Il paraît qu’ils ont eu besoin de près de 100 répétitions pour arriver à mettre l’oeuvre en place !
Aujourd’hui, près de 100 ans après sa création, le Sacre du printemps est interprété par un Simon Rattle complètement survolté à la tête des Berliner Philharmoniker, et l’effet sismique de cette musique de sauvage avec tout le confort moderne (Debussy dixit) est plus actuel que jamais.
Paul Kristof
STRAVINSKY, Igor Fedorovitch. Coco Chanel & Igor Stravinsky [bande originale de film] (Naïve, 2009) Disponibilité
Les Océans de David Holmes
Il y a des détails qui peuvent tout gâcher. Un mauvais choix musical et c’est toute l’âme d’un film qu’on flingue. Imaginez un peu qu’on vous balance le mythique Tirelipimpon de Carlos au moment où Harry Callahan sort son Magnum .44
… brrrrr, ça fait froid dans le dos !
Parmi les compositeurs qui excellent dans la bande originale et qui ne gâchent rien, il y a David Holmes. Vous l’avez certainement entendu en vous pâmant d’admiration à la vue du beau Brad et du beau George qui dévalisent un casino avec leur bande de potes. Ils faisaient ça en musique, et la musique, ben c’est justement David qui l’a faite.
David Holmes est né à Belfast. Dj et producteur, il a déjà 5 albums perso à son actif ainsi que la composition d’une bonne trentaine de B.O. Tombé dans la marmite électronique dès son plus jeune âge, on ne s’étonne pas qu’il en instille les influences ça et là dans ses morceaux.
Et comme on dit à Bourrignon dans le Jura : “C’est dans les marmites qu’on fait la meilleure électro.” Bref…
Sa musique se distingue entre autres par des sonorités jazz-funk des années 70-80 à la sauce trip hop voire big beat, mâtinées de piano électrique et de lignes de basse généreuses. Une espèce de musique de supermarché en vachement mieux parce qu’il y a beaucoup de talent et de travail dedans.
Du coup, cela donne souvent un son lounge qui crée une ambiance des plus sympa. Bon soyons francs. Vous ne transformerez pas votre miteux trois pièces en ultime chill-out de la branchitude rien qu’en balançant du David Holmes quand vous invitez des amis. Vous pouvez rêver mais il faudra quand même passer un coup d’aspirateur et ranger les chaussettes qui traînent. Et pis le slip aussi, là… sous le fauteuil. Si, si !
Christian
David Holmes. Bow down to the exit sign (Go!Beat, 2000) Disponibilité
L’excellente série des Ocean’s aux BM.
Le site Internet de David Holmes.
PS : Ah oui, et pour finir en beauté regardez aussi cette vidéo de l’homonyme de David Holmes, un certain… David Holmes. Il est steward dans une compagnie d’aviation américaine et il détend tout le monde avant le décollage (sauf ceux qui n’aiment pas le rap).
Morricone, ou le pouvoir de la musique
Dans ce film confidentiel de 1972, Morricone révèle en musique les affres d’un cerveau apparemment dérangé.
Apparemment car, ne l’ayant pas vu, il nous est impossible de dire si cet adolescent enfermé dans un hôpital psychiatrique est bien le meurtrier de son père ou non. Peu importe. La musique, elle, se développe, en thèmes tendres au simplisme étudié, en polytonalités pénétrantes comme les vrilles d’une chignole, en mélanges de genres, d’instruments et de saveurs comme seul – et avant tout le monde – savait le faire le grand Ennio Morricone.
Finalement, même la citation de la « lettre à Elise » ne nous révèle pas la vérité, et c’est tant mieux : la musique garde ainsi le pouvoir extraordinaire de tout dévoiler au cœur sans rien dire au cerveau. Dès lors, le Diable peut bien y habiter, il n’empêchera pas la musique d’être belle et de nous toucher au coeur.
Paul Kristof
MORRICONE, Ennio. Il diavolo nel cervello (Dagored, 2001) Disponibilité
Clint Eastwood, compositeur
Pourquoi donner un boulot en sous-traitance quand on peut le faire aussi bien soi-même ? Clint Eastwood signe les musiques de ses derniers films et on s’émerveille de la justesse du propos musical sans même avoir vu les images. Une musique toute en sobriété et en profondeur. Le choix orchestral y est bien sûr pour beaucoup : les instruments solistes sont tous accompagnés d’un orchestre à cordes mais sans les violons. Le procédé, qui fut déjà employé par Stravinsky dans sa Symphonie de Psaumes, donne un effet poignant de sombre douceur. Une très belle bande originale.
Paul Kristof
EASTWOOD, Clint. L’échange (Varèse Sarabande, 2008) Disponibilité
30 janvier 2010 at 12:15 Paul Kristof Laisser un commentaire





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