Posts filed under 'Musique de films'
Etreintes brisées
Dans cet album, on retrouve le talent d’Alberto Iglesias, celui de « Parle avec elle ». Une écriture pour orchestre à cordes qui emmène l’auditeur dans des contrées où le pathos triomphe, certes, mais sans les outrances propres au genre. Et comme dans « Parle avec elle », on est émerveillé par le fait que le morcellement des pièces, habituel dans la musique de films, est ici complètement estompé. L’album offre la cohérence d’une suite symphonique parfaitement maîtrisée, y compris avec ses inserts de musiques d’emprunt.
Iglesias fait partie des compositeurs dont le talent arrive généralement à offrir à la musique de film la valeur ajoutée de la beauté. En effet, en tant qu’élément de commande venant s’insérer dans un tout, une bande originale n’a nullement besoin d’être belle en soi ; ce n’est pas son rôle premier. Mais parfois, dans le meilleur des cas, la beauté qui se dégage de certaines pages lui permet de prendre son essor et de se détacher de l’œuvre pour laquelle elle a été composée.
Paul Kristof
IGLESIAS, Alberto. Los abrazos rotos [Etreintes brisées] (EMI, 2009) Disponibilité
Add comment 14 octobre 2009
Quand l’art de “violoncelliser” devient jubilation
Il n’y a pas de mal à se faire du bien, n’est-ce pas, en violoncellisant entre soi ; surtout quand on est entouré de 11 des meilleurs violoncellistes d’orchestre du monde. C’est ce que doit penser chacun des musiciens de cette phalange exceptionnelle que sont les douze violoncellistes de la Philharmonique de Berlin… Il n’y pas de mal à se faire du bien, surtout quand on donne tant de bonheur aux auditeurs ébahis devant la richesse expressive et la diversité sonore dont est capable cet instrument multiplié par douze. Les transcriptions sont réalisées par les interprètes eux-même, avec pour principal objectif de magnifier leur instrument. Ecoutez, par exemple, l’harmonica dans « Il était une fois dans l’Ouest » interprété par 2 violoncelles en très léger décalage pour donner l’impression de profondeur, ou un thème joué avec l’archet tout contre le chevalet pour rendre l’agressivité de guitares électriques au son saturé. Et lorsqu’il s’agit du thème de Titanic, de la liste Schindler ou de Vertigo, on reste tout chose !
Paul Kristof
As time goes by / Die 12 Cellisten der Berliner Philharmoniker (EMI, 2004) Disponibilité
Add comment 19 août 2009
Jacques Tati : Sonorama !

Toutes les musiques et surtout tous les sons des films de Jacques Tati en un seul livre-CD. Tati fut l’un des premiers explorateurs de la puissance comique du son qu’il utilisait à part entière et avec délectation dans ses films. C’était un écouteur virtuose de tous les sons, et en particulier les sons incongrus, parasites, inattendus ou absurdes. Rappelez-vous l’annonce incompréhensible du chef de gare dans les haut-parleurs de la gare, la porte du restaurant d’hôtel qui fait un bruit de ressort à chaque passage des serveurs, perturbant le silence compassé des clients, l’inénarrable accident en chaîne sur la route des vacances suivi d’un interminable et affreux silence seulement troublé par un enjoliveur qui s’en va rouler loin du désastre, etc. Cet album permet de regarder les films de Tati les yeux fermés et de découvrir ainsi une dimension supplémentaire insoupçonnée de cette œuvre unique.
Paul Kristof
ANTHOLOGIE. Tati sonorama! Livre-CD (Naïve, 2008) Disponibilité
Add comment 28 juillet 2009
Les Tudors : bande originale
La série télévisée historique “Les Tudors” s’est offert une bande originale de grande beauté qui a gagné un Grammy Award en 2007. La partition est signée Trevor Morris. Ce compositeur de musiques de films canadien a fait ses classes auprès, notamment, de Hans Zimmer dont il a été l’assistant pour de nombreuses productions.
Comme il se doit, la délicate et brumeuse musique du film s’inspire de la Renaissance anglaise, mais pas uniquement. Le procédé de composition, très fréquent dans la musique de films, consiste à confronter des instruments et des genres musicaux disparates. Par exemple ici : un violon celtique accompagné d’un grand orchestre symphonique, un quatuor de cors avec un dulcimer, de grands tambours japonais et des claves sud-américaines, etc.
Le procédé est toujours risqué : celui du syncrétisme, de la ragougnasse ou du brouet, mais Trevor Morris s’en sort avec élégance et raffinement.
Paul Kristof
Add comment 2 décembre 2008