Posts tagged ‘Nouvelle chanson française’
Ecoute s’il pleut
La jeune chanteuse française Melissmell vient de décrocher la « Révélation scène du grand prix Charles Cros », et pour l’avoir vue récemment au Hangar d’Ivry, j’applaudis cette distinction.
Elle arrive coiffée d’un chapeau noir comme pour se protéger de la pluie (le titre de son unique album paru en 2011 est : Ecoute s’il pleut), mais Melissmell craint plus les tuiles qui nous tombent dessus, les crises, les militaires, les traîtres, les flics soldats mercenaires, les moutons et j’en passe. Il pleut beaucoup de peine dans le monde de Mélanie Coulet qui a choisi un pseudonyme qui sent (to smell) la mélisse, cette plante aux vertus apaisantes, dit-on. Mais attention, il y a quand même l’espoir d’un avenir meilleur quand Melissmell appelle à la révolte, à la manifestation, à l’indignation. « Toi là-bas, ne sens-tu pas dans l’air / J’entends monter les voix / Le monde est à refaire ».
Cette trentenaire à la belle voix grave a la poésie en bandoulière servie par des guitares, des percussions, un violoncelle et surtout des musiciens virtuoses qui l’accompagnent tantôt dans la tendresse, l’intimité, pour ensuite monter en puissance dans un rock effréné et déjanté.
Souvent pendant son spectacle j’ai craint pour sa voix tant elle pousse son rauque jusqu’au bout de ses tripes, des nôtres, tout au fond, là où les frissons se nichent et ne demandent qu’à fleurir. Il y a du Mano Solo, en particulier dans sa chanson Je me souviens qui semble répondre au Te souviens-tu de son mentor trop tôt disparu. Mano Solo chantait : « Je me souviens de rien maman / Plus j’avance et moins je me retourne / Et tu sais pour tout ça j’ai pas l’temps / Tout s’efface et la roue tourne » ; Melissmell répond : « Je me souviens maman / Des rêves qu’on avait / Je me souviens des temps / Où nous marchions ensemble ».
Melissmell est bien vivante et elle le revendique quand elle demande au peuple de se bouger avec, par exemple, sa chanson Aux armes (un joli clin d’oeil à Gainsbourg). Elle ose mélanger l’Internationale à la Marseillaise et cette dernière perd la lutte finale car Melissmell, vous l’aurez compris, préfère les drapeaux rouges aux tricolores.
Vingt-quatre heures après avoir passé sur la petite scène d’Ivry, elle rendait hommage au Festival de Marne à Allain Leprest disparu cet été. Malgré sa jeunesse elle n’a pas démérité au milieu d’autres chanteurs plus expérimentés comme Romain Didier, La Rue Ketanou ou même Jehan.
Melissmell fait bien partie de la famille des poètes-chanteurs. Ecoutez avec elle s’il pleut !
Roane
MELISSMELL. Ecoute s’il pleut (Discograph, 2011) Disponibilité
Zaz femme solaire
On pourrait chercher le succès foudroyant de Zaz dans sa superbe voix timbrée, rauque, grave et naturelle. On pourrait invoquer sa musicalité à toute épreuve, sa gouaille, son charme, mais cela n’expliquerait pas grand-chose, car nombreux sont celles et ceux qui peuvent se réclamer des mêmes qualités, sans provoquer le même engouement qu’elle.
Il faut plutôt aller grappiller l’explication du mystère Zaz dans le documentaire en DVD joint à l’album : Zaz a la solidité d’un arbre séculaire, la générosité d’une brassée de fleurs de campagne, une spiritualité viscérale de femme solaire. Elle se dit simplement heureuse et privilégiée d’être en vie, et ressent le besoin irrépressible de partager ce bonheur avec son public.
Tout cela transparaît dans les chansons de Zaz, sans qu’on sache forcément comment elle réussi à dire tant, à n’importe qui et sur n’importe quel ton : les chansons sont belles, tout simplement. Voilà le mystère de celle qui signe d’un Z comme Zaz.
Paul Kristof
ZAZ. Zaz (Sony, 2010) Disponibilité
28 novembre 2011 at 7:59 Paul Kristof Laisser un commentaire
Les Trucs abîmés dans La Casa
Saint-Denis-de-Gastines, sa boucherie, son marché, son bar PMU. C’est un peu ce que vous allez trouver si vous tapez le nom de ce bled dans Gogol Maps : un coin paumé au milieu de la campagne, quelque part là-bas dans la Mayenne, avec des fermes autour, des champs, des vaches. Quelques fois, on y croise une moissonneuse-batteuse, un sanglier effaré, ou un couple d’anglais à la recherche de cette petite église romane si pittoresque. Ah oui, car j’oubliais… il y a des églises romanes dans le coin.
Voilà pour la carte postale.
En dehors de ça, il se passe des trucs vraiment sympa à Saint-Denis-de-Gastines. Tous les deux ans, il y a cette fameuse Grande fête de la moisson.
Il y a aussi ce super festival de derrière les fagots qui s’appelle Au foin de la rue. Cette fois-ci pas de méprise, c’est d’un vrai festival plein de très bonne musique dont on parle et pas d’une concentration de tracteurs vintage. Saviez-vous par exemple que Saint-Denis-de-Gastines a vu passer dans ses ruelles Lee Scratch Perry et Max Roméo ?!? Il paraît qu’ils étaient à la recherche d’une église romane dans le coin…
Bref. Saint-Denis-de-Gastines c’est 1’686 habitants au dernier recensement. Parmi tous ceux-ci, il y en a deux qui nous intéressent particulièrement : Pierre Le Feuvre et Jean-François Péculier. Ils font de la musique et ils chantent sous le nom de La Casa. On a même leur photo.

Leur particularité c’est qu’ils ne sont pas montés à Rennes ni descendus à Paris pour sortir un super album. La légende dit que c’était trop compliqué parce qu’à Saint-Denis-de-Gastines il n’y a qu’un bus par semaine le lundi à 15h27. Donc ils ont produit sur place, ils sont restés à La Casa. En gros, c’est du local qui sent bon la campagne, un label bio qui dégage moins de CO2 dans l’atmosphère.

Pour une première, c’est vachement bien et ça fait plaisir. Enfin du neuf ! De la couleur, des mélodies sympas, des textes bien travaillés, et ce son piqué aux Mariachis qui nous transporte un peu du côté du Mexique. Un petit coup de coeur pour les deux premiers morceaux : 2 novembre et Go Go Go, tout simplement dans le coup. Ecoutez donc …
S’ils nous font le coup de Louise Attaque qui a surpris son monde avec son premier album, ils sont bien partis. Boudiouuuu moi j’vous l’dis : Saint-Denis-de-Gastines ça vaut l’détour !!!
Christian
LA CASA. Les trucs abîmés (Wagram, 2009) Disponibilité
Ca pourrait être pire (!)
Un peu comme Anaïs – dont elle a assuré quelques premières parties de concerts – Thérèse aborde avec une simplicité feinte des thèmes qui font mal, des sujets pénibles qui font généralement rire ou pleurer. Justement, Thérèse n’a pas l’air d’avoir choisi son camp entre le rire et les larmes, et c’est ce qui fait ses chansons en demi-teinte. Des chansons qu’on réécoute, juste pour s’assurer qu’elle a bien dit ce qu’elle a dit au détour de la 8ème chanson… par exemple. Thérèse a appris son métier sur les planches ; on ne la connaît pas encore, et pourtant on est à peu près sûr, en l’entendant, qu’on l’entendra encore longtemps, tant le balluchon artistique de cette artiste-là a l’air solide.
Paul Kristof
THERESE. Ca pourrait être pire (Indéprod, 2009) Disponibilité
27 décembre 2009 at 8:00 Paul Kristof Laisser un commentaire
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