Le Kraut-rock, l’alternative européenne

7 janvier 2011 at 3:53 Laisser un commentaire

Conférence de Bernard Trontin

Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale en Allemagne, est apparue une génération culturelle quasi spontanée. Celle qui a vu le modèle idéologique du nazisme s’effondrer dans la catastrophe que l’on sait. Une génération entière s’est lancée alors dans une quête identitaire acharnée, une quête totalement débridée, sans racines et presque sans influences antérieures. Une période correspondant au début des « Trente glorieuses » qui a vu apparaître le free rock, l’actionnisme viennois, les performances, les expériences communautaires, mystiques, etc.

S’agissant du free-rock, Bernard Trontin suggère une idée intéressante.
On ne peut pas assimiler le free-rock allemand au free-jazz américain parce que le free-jazz est l’aboutissement d’un siècle d’histoire du jazz, comme la musique contemporaine est l’aboutissement d’un millénaire d’histoire de la musique classique. Par contre, le free rock paraît comme émerger de nulle part sur les ruines de la guerre, un bouillon de culture dont le point de départ est la table rase des anciens paradigmes et le refus des influences. Il est pratiqué par des gens jeunes dont la technique instrumentale n’est souvent qu’accessoire, en regard de la liberté d’expression revendiquée.
Mais dire que cette musique était sans influences n’est pas tout à fait exact car, bien sûr, on y trouve des ingrédients existants tels le rock américain, la mouvance psychédélique anglaise ou les recherches électroacoustiques d’un Stockhausen, par exemple.

Mais la grande affaire du Krautrock, celle qui donnera l’identité sonore et stylistique à cette musique, c’est une invention toute récente, multiforme et en constante évolution : le synthétiseur. Cet instrument avait la particularité de permettre de créer des œuvres, mais non de les reproduire à l’identique. En effet, il était extrêmement sensibles aux facteurs extérieurs : température, pression atmosphérique, humidité, etc. C’est pour cette raison que le krautrock est resté largement une musique d’improvisation.

Le Krautrock est donc issu du chaudron free-rock, et son instrument emblématique est le sythétiseur. L’âge d’or du Krautrock s’étend sur une grosse décennie, de la fin des années 60 aux débuts des années 80. Il a eu ses fans, ses officiants et ses apôtres. L’industrie triomphante du disque a beaucoup contribué à son expansion, inventant dans la foulée une esthétique graphique propre, avec les fameuses pochettes des disques vinyles.

Selon Bernard Trontin, c’est une autre révolution technologique qui a contribué à l’assèchement du Krautrock dans les années 80 : le digital. Le digital offrait ce que les synthétiseurs à lampe ne permettaient pas : la programmation, c’est-à-dire la possibilité pour le musicien de prévoir exactement ce qu’il voulait entendre. Et c’est là que le Krautrock atteint ses limites : la magie de la création live avec son côté aléatoire et unique, se perdit peu à peu. Dès lors, une autre musique était en train de naître, répondant à d’autres besoins, et utilisant d’autres instruments. Mais ça, comme le dit notre conférencier, c’est une autre histoire.

Paul Kristof

Vous retrouverez les références des oeuvres citées :
– dans la discographie de la soirée sur la page internet du Salon musical
– dans le catalogue en ligne sur le site des BM.

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Voyageur intranquille Pan Sonic – Aaltopiiri

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