Musique et cinéma, des amants éternels

6 mai 2011 at 12:48 2 commentaires

Conférence de François Creux, Ömer Sipahi et Xavier Parès

On dit que les plus belles histoires d’amours sont généralement celles qui ont mal commencé. Ce fut le cas notamment de la relation entre musique et cinéma. Au début, la musique jouait les utilitaires dans les spectacles de cinématographe, et il n’est pas rare que le pianiste fût aussi celui qui vendait les billets, plaçait les spectateurs et balayait la salle à la fin des représentations. Souvent la musique était là pour mettre de l’ambiance, « chauffer » la salle, meubler les trous lors des pannes de courant ou les ruptures de bobines, et même à calmer, le cas échéant les mouvements de panique dans la salle.

Puis progressivement, on lui trouva d’autres utilités : imiter le galop du cheval, les bruits de la guerre ou le crachotement du train à vapeur, jusqu’à souligner des passages beaucoup plus abstraits, tels les sentiments humains, les émotions et les climats développés dans le scénario. Au début du 20ème siècle, il existait d’imposants manuels du pianiste de cinéma qui permettaient à celui-ci d’accompagner le film du début à la fin, quelle que soit l’histoire.

A la fin des années 20, l’avènement du cinéma parlant marqua la fin d’une époque, mit beaucoup de monde au chômage, et fit apparaître un nouveau métier : celui des compositeurs de musiques de films. Cette nouvelle page de l’histoire du 7ème Art allait consacrer des couples de compositeurs/réalisateurs mythiques, et donner au monde des quantités de chefs-d’œuvre que nous connaissons encore aujourd’hui : Serge Prokofiev et Serguei Eisenstein, Bernard Herrmann et Alfred Hitchcock, Nino Rota et Federico Fellini, Ennio Morricone et Sergio Leone, John Williams et Steven Spielberg, etc., etc.

Dès lors, toutes les formes d’assemblages entre musique et image ont été essayées, même les plus improbables. Par exemple, tandis que Kurosawa montrait une scène de guerre sanguinolente dans « Ran », la musique de Takemitsu qui sous-tendait la scène était un adagio méditatif. L’effet saisissant de la superposition faisait percevoir immédiatement l’inanité de la guerre qui se déroulait devant nos yeux.

D’autres jeux de polysémie pouvaient consister, par exemple, à montrer et donner à entendre une scène à sujet musical, tout en ponctuant la scène d’une autre musique comme un commentaire émotionnel de la scène. Ces superpositions improbables de musiques étaient aussi tout à fait frappantes.

En poussant encore plus loin le rapport fusionnel entre son et image, on peut s’arrêter encore sur le silence voulu par le réalisateur dans certaines scènes, et même dans des films entiers. Le silence prend alors une dimension qui n’a plus rien à voir avec une absence de musique mais doit bien être perçu comme une musique en soi. La musique du silence magnifie alors aussi, à sa manière, les images qu’elles sous-tendent.

« Le silence est probablement le son le plus intense, le plus lourd et le plus plein de sens qui soit », dit Evelyne Glennie dans l’extraordinaire documentaire qui lui est consacré Touch the sound. Quand on sait que cette artiste est une des plus grandes percussionnistes actuelles tout en étant sourde, ses paroles prennent un sens tout particulier. En terminant la présentation de ce soir par cette pensée sur le silence, nos trois conférenciers François Creux, Ömer Sipahi et Xavier Parès rendent un hommage émouvant à la relation fusionnelle qu’entretiennent la musique et le cinéma.

Tout est vibration. Parfois on la perçoit avec les yeux, parfois avec les oreilles, presque toujours avec le cœur.

Paul Kristof

Vous retrouverez les références des oeuvres citées :
– dans la discographie de la soirée sur la page internet du Salon musical
– dans le catalogue en ligne sur le site des BM.

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2 commentaires Add your own

  • 1. Muriel  |  9 mai 2011 à 3:32

    Un grand bravo aux trois conférenciers ! On aurait aimé continuer l’expérience des images, des musiques, des souvenirs et des émotions !
    Soirée passionnante… et comme entendu au détour d’une conversation lors de l’apéro, quand on assiste à Un salon musical, on regrette immédiatement tous ceux qu’on a râtés.
    Merci à Paul et son équipe pour la convivialité…
    A bientôt

    Réponse
  • 2. Paul Kristof  |  9 mai 2011 à 3:37

    … Et merci à Muriel de sa présence, son commentaire, ses encouragements, et le reste !!
    Au prochain Salon !
    Paul

    Réponse

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