Le goût de la fraise

9 septembre 2013 at 7:19 1 commentaire

MartynovCe n’est pas pour me plaindre, mais parler de musique est quand même un des exercices les plus difficiles qui soit. C’est comme d’essayer de décrire le goût de la fraise : c’est presque impossible. A défaut, voici donc les ingrédients qui composent la musique des « Lamentations de Jérémie » de Vladimir Martynov. A vous d’essayer de reconstituer le goût de la fraise.

Dans cette musique, vous avez :

–          De la musique des ethnies innombrables de la vaste Russie.

–          Des chants à répons et des musiques à bourdons d’époques immémoriales.

–          Des clameurs populaires des Révolutions qu’on n’entend qu’une fois dans sa vie, si on naît au bon endroit et au bon moment.

–          Des remplissages des  interstices mélodiques par un compositeur d’aujourd’hui, formé aux écoles de l’atonalité, mais qui s’est libéré des tyrannies scolastiques.

–          L’influence des musiques minimalistes, répétitives et tonales en provenance des Etats-Unis, via les pays baltes.

–          Les chants profonds des liturgies chrétiennes orthodoxes.

–          L’inspiration toujours fertile des musiques religieuses de toute l’histoire de la musique occidentale depuis le plain-chant médiéval jusqu’à nos jours.

–          Le temps d’un discours construit en dehors de la mécanique linéaire du chronomètre.

–          Des voix blanches d’enfants qui n’en sont plus, de femmes qui n’en sont pas encore, d’hommes retirés du monde. Des voix d’êtres aux contours incertains mais qui s’adressent à la part la plus originelle de notre sensibilité.

Cette musique fait que nos oreilles se dressent comme celles du renard aux aguets. Une musique qui fait que notre truffe se tourne au vent, les yeux mi-clos pour humer  d’où viennent cet appel du désert, cette promesse de miel spirituel, cette lamentation de Jérémie qui nous aidera à formuler nos propres lamentations et qui résistent à prendre forme au fond de nos déserts intérieurs.

Bon, ça suffit. Ce n’est pas pour me plaindre, mais si vous voulez connaître le goût de la fraise, vous n’avez qu’à en goûter une. Tout le reste n’est, au mieux, que poésie, sinon du verbiage.

Paul Kristof

MARTYNOV, Vladimir. Lamentations of Jeremiah (Brilliant, 2013)   Disponibilité

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Entry filed under: Coups de coeur, Musique classique.

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Un commentaire Add your own

  • 1. zozefine  |  9 septembre 2013 à 7:32

    le goût des fraises et la macédoine de légumes ? 😉 mais bien triste de ne pouvoir goûter à celle-ci, ça m’a donné faim de belle musique.

    Réponse

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