Posts tagged ‘Musique classique’

Léon Boellmann et le « beau violon » alsacien

BoellmannCompositeur et organiste d’origine alsacienne, Léon Boellmann (1862-1897) a écrit une musique d’un romantisme fluide et chaleureux, proche de César Frank, Saint-Saëns, et même de Gabriel Fauré pour son ouverture vers une modernité naissante. Il a participé avec tous ces compositeurs à l’invention d’une notion bien française : le beau violon, le beau violoncelle. Entendez par là un style et un son ample, délié, généreux qui vient tout droit de cette fin de siècle française et romantique.

Le beau violon fut défendu plus tard par des artistes comme Ginette Neveu, Jacques Thibaud ou Christian Ferras. Le beau violoncelle français, quant à lui, a été porté par Paul Bazelaire, André Navarra, Maurice Gendron ou Pierre Fournier, parmi beaucoup d’autres. Mais au fait, le concept de « beau violon » est-il vraiment attaché à la culture d’un pays ? Non, bien sûr. Chaque pays a son « beau violon », sa « belle trompette », son « beau piano », défendus par ses artistes locaux.

S’agissant de Léon Boellmann, on aurait tort d’ailleurs de parler de beau violon français puis qu’il était Alsacien ! Alors qu’il était connu et apprécié de son vivant, Boellmann est tombé dans l’oubli après sa mort survenue beaucoup trop tôt : à 35 ans de maladie pulmonaire. Cet album nous offre une bonne occasion de le (re)découvrir.

Paul Kristof

BOELLMANN, Léon. Chamber music (MDG, 2012)   Disponibilité

17 mai 2013 at 7:39 Laisser un commentaire

Le chant du coq, une question de linguistique

Dans l’opéra Le coq d’or de Rimsky-Korsakoff, le coq en question est un volatile merveilleux qui a la faculté d’annoncer les mauvaises nouvelles. Sous nos latitudes, on aurait confié le rôle plutôt à un noir corbeau ; mais justement, Pouchkine, l’auteur du conte qui a servi de trame au livret de l’opéra, vivait plus près des steppes du Caucase que nous.

A propos de la voix du coq, peu après que l’astrologue l’eût sorti du sac (avant la fin du 1er acte), l’animal se met à chanter  « Kiriki kirikoukou ! »… Et là, plus aucun doute n’est possible : le coq est bien russe. Le coq, plus que tout autre oiseau, est très attaché aux caractéristiques linguistiques de son pays d’origine. On connaît le  triomphal « Cock-a-doodle-doo ! » du coq anglais. Voici quelques coqs plus rares : l’Arabe, beaucoup plus intériorisé : « Kwkwk’w ! ». Le Chinois, à la distinction un peu pincée : « Gûgûgû ! ». Le coq juif à l’abstraction langagière étonnante : « Tsape baparopyl ! ». Le coq vietnamien chroniquement offusqué : « Ò-ó-o-o ! »,  etc., etc.

La musique de Rimsky-Korsakoff est belle avec ses accents orientalisants et son sujet sombre. Le coq annonce en 1909 (année de la mort du compositeur et de la création de l’œuvre) la mort du Tsar, soit 8 ans avant la chute du tsarisme et la Révolution bolchevique. On ne peut, dès lors, s’empêcher de penser que si le coq d’or avait annoncé des bonnes nouvelles, l’Histoire eût peut-être pu  connaître des lendemains tout différents.

Paul Kristof

Le coq d’or : conte-fable en trois ates (Avant-scène, 2002) – [Livre]   Disponibilité

Le coq d’or (TDK, 2004)    Disponibilité

RIMSKII-KORSAKOV, Nikolai Andreevitch. Le coq d’or (Dante Lys, 2000)   Disponibilité

RIMSKII-KORSAKOV, Nikolai Andreevitch. Le coq d’or (Melodiya, 2008)   Disponibilité

18 mars 2013 at 8:01 1 commentaire

Gabriel Pierné

Gabriel Pierné est de ces compositeurs qu’on ne finit pas de découvrir ou redécouvrir. Celui qui fut élève de César Franck et de Jules Massenet au 19ème siècle a été aussi un des musiciens les plus influents de la première moitié du 20ème. Il a été l’ami de Saint-Saëns mais aussi de Debussy. A la tête de l’Orchestre Colonne, il créa nombre d’œuvres de ce dernier, mais aussi de Ravel, Stravinsky et bien d’autres.

Les œuvres de cet album nous révèlent un pianiste virtuose et un compositeur inspiré.

Paul Kristof

PIERNE, Gabriel. Oeuvres pour piano (Timpani, 2010)   Disponibilité

Contient : Variations en ut mineur ; Etude de concert : Trois pièces formant suite de concert ; Passacaille.

11 février 2013 at 7:59 Laisser un commentaire

Jordi Savall remet la musique dans son décor

Parmi les mille qualités remarquables du travail de Jordi Savall, relevons par exemple l’extrême intelligence de conception de ses albums. Les œuvres interprétées sont toujours replacées dans leur contexte culturel et historique, ce qui permet à l’auditeur, en plus du plaisir de la musique, de se forger une perception du décor dans lequel ceux-ci était joués.

 Le Concert Spirituel fut dès le début du 18ème siècle à Paris, l’une des premières organisations de concerts publiques, payants et indépendants du pouvoir royal. C’était aussi peut-être un des premiers festivals de musique, concentré sur un temps restreint, celui de Carême, période durant laquelle les représentations d’opéra étaient prohibées.

 Par le jeu des privilèges et des monopoles, on ne jouait pas de musiciens français au Concert Spirituel, tout au moins au début de son existence. C’était le rendez-vous incontournable des musiciens de passage à Paris, et il eut une importance considérable dans le façonnement du goût du public. Le développement de la musique purement instrumentale, doit aussi énormément au Concert Spirituel. Parmi Les compositeurs qui s’y produisirent, citons par exemple Corelli, Telemann et Rameau (retenus sur le présent album par Jordi Savall), puis plus tard : Boccherini, Mozart, Haydn et bien d’autres.

Paul Kristof

SAVALL, Jordi. Le concert spirituel au temps de Louis XV (Bellaterra, 2010)   Disponibilité

25 janvier 2013 at 3:40 Laisser un commentaire

L’harmonicorde : instrument de l’art pompier (du pauvre)

On a décrit l’harmonicorde comme le fruit incestueux de l’orgue et du piano. L’image est émoustillante mais pas tout à fait juste. En fait, c’est un harmonium auquel le facteur Debain a ajouté vers 1850 un jeu de cordes de piano. On pouvait faire sonner les deux jeux ensemble ou séparément, ce qui multipliait les possibilités expressives.

Il n’y avait aucune raison que l’organiste Lefébure-Wély, véritable pisse-copie de la musique de clavier, n’écrivît pour ce nouvel instrument qui faisait les délices des salons parisiens du Second Empire. Ces pages ainsi que l’harmonicorde lui-même, sortis tout droit du cabinet des curiosités de la musique,  doivent être écoutées comme tels.

 Paul Kristof

LEFEBURE-WELY, Louis James. L’harmonicorde de Lefébure-Wely (Gallo, 2011)   Disponibilité

7 septembre 2012 at 7:58 1 commentaire

Le quatuor, un long fleuve pas si tranquille

Scènes de quatuor est un film montrant l’ intimité de la vie d’un quatuor, ses exigences, ses petits bonheurs comme ses frustrations, ses difficultés, son accomplissement.

On voit le quatuor en répétition et on assiste à des interviews tous très intéressants.

Film en version originale allemande et russe, sous-titré en anglais et en français, ce  film  Scènes de quatuor présente la grande fugue de Beethoven (les répétitions et le récital). On peut aussi y déguster le Quatuor en sol majeur, op. 18 no 2 de  Ludwig van Beethoven,  le Qquatuor en mi mineur de Giuseppe Verdi et les Six bagatelles, op. 9 de Anton Webern.

L’ensemble est composé de  Natalia Prischepenko, violon –   Heime Müller, violon –  Volker Jacobsen, alto – Eckart Runge, violoncelle. Les musiciens ont décidé qu’il n’y aurait pas de rôle permanent de premier violon et que cette responsabilité serait attribuée selon les circonstances.

Etabli à Berlin, le Quatuor Artemis trouve son origine dans une formation d’étudiants, fondée en 1989 déjà, au Conservatoire de Lübeck. Dans leur parcours estudiantin, ces interprètes ont côtoyé des figures illustres : Walter Levin et les Quatuors Emerson, Juillard et Alban Berg.

Les interprètes attachent énormément d’importance au dialogue et à l’échange. Toujours selon l’altiste Volker Jacobsen : « La condition sine qua non est que ces quatre personnes aient le même bagage. Pour se faire, il faut discuter, convaincre, rester vigilant, ne pas décrocher et rester en mouvement. C’est une attitude saine. Je dois toujours justifier mes actes. Ça fait parfois mal. Jouer dans un quatuor à cordes est une école sur le plan musical mais aussi humain. »

Depuis juillet 2007, les seize cordes se présentent sous une nouvelle formation avec Gregor Sigl (violon, à la place de Heime Müller) et Friedemann Weigle (alto, à la place de Volker Jacobsen).

Catherine

MONSAINGEON, Bruno. Scènes de quatuor (Idéale Audience Medici arts, 2008)   Disponibilité

 

21 août 2012 at 12:23 Laisser un commentaire

Hommage aux compositeurs dits « secondaires »

Nous vivons aujourd’hui une époque passionnante de l’histoire de la musique et de l’enregistrement sonore, où l’essentiel des œuvres importantes étant désormais connu, il reste à découvrir tous les compositeurs dits secondaires (et ils sont nombreux). Ceux qui viennent s’inscrire dans le tableau général dans les interstices de l’Histoire de la musique et qui formeront finalement la texture et la vraie richesse du tableau.

Belle découverte que cette Musique funèbre pour le Duc Ernst-Ludwig 1er de Saxe-Meiningen, composée par un des Bach les moins connus de la lignée. Johann Ludwig Bach est un cousin au 2ème degré de Jean-Sébastien, son aîné de quelques années seulement. Il passa sa vie de musicien sans quitter le duché de Meiningen, ne cherchant ni la gloire ni les honneurs. Certes, il n’avait pas le génie de son cousin… Mais qui prétend qu’il faut nécessairement du génie pour faire de la belle musique ?

Paul Kristof

BACH, Johann Ludwig. Trauermusik (Harmonia Mundi, 2011)   Disponibilité

17 juillet 2012 at 7:59 Laisser un commentaire

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